Dimanche 5 février 2012

L’essentiel sur lequel se greffent nos actions, les grands froids le ramènent d’un coup  : rester vivant quoi qu’il en soi, on payera le prix, et veiller à ce qu’on dispose d’un filet d’eau, de pain et de bois secs pour assurer l’avenir de notre progéniture et la pérennité de l’espèce, guère plus. Notre aventure est fragile, on la sent à la merci d’un tremblement qui se prolongerait. C’est sur le terreau du sursis que fleurit le rire de nos enfants.
Ils sont au lit la tête hors-gel, des récits les font patienter tandis que la bise siffle, ils lisent l’autre vie, celle qui se développe dans la chaleur ouatée du leurre, lèvent les paupières par instant et regardent absents par la fenêtre le temps qui bute et qui se prend les pieds dans la glace. Les chenaux sont de pierre, le sable fait masse, les oiseaux voltigent entre les pinces du froid. Je peine à réchauffer quelques idées qui s’égouttent avant de filer au caniveau, puisse le tout tenir jusqu’au printemps.



Jean Prod’hom