Une barbarie de seconde main

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On peut l’espérer, nous aurons sous peu, presque complets sous nos yeux, le monde et ses parties. Restera à conclure cette immense entreprise ouverte par la raison, ne me souviens plus quand, ne me souviens plus où, dans un campement du Croissant fertile je crois. Régler les derniers détails, lisser le rugueux, poser une couche de syntilor. Domestiquer ce qui pourrait l’être encore, soigner nos dernières blessures, apaiser ceux qui s’agitent, liquider nos dettes, enterrer les médiateurs, faire taire les dernières colères  : plus de cartes à jouer, plus d’air à respirer.
Je  crains aujourd’hui que nous soyons revenus de médiation en médiation à l’immédiateté des bêtes et des fossiles dans un monde dédoublé et décalé. La corde sur laquelle on a tiré aveuglément nous étrangle et nous ramène pas à pas vers ce qu’on avait quitté, la barbarie, une barbarie nouvelle, lisse, une barbarie de seconde main.

Jean Prod’hom