Avec le Daïla-Lama

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Rendez-vous ce matin à Granges-Paccot avec le Daïla-Lama, au nord de Fribourg, à deux pas de la patinoire, à trois du terrain de foot, à quatre du cimetière. Les commerces avaient annoncé la couleur et donné le ton : le Maxi Bazar, La Grande Récré, Keria Luminaires-Monde de Lumière, Orchestra,…
Ça s’appelle le Forum, une salle immense dans laquelle sont organisées toutes sortes de manifestations. Tenez, le forum accueillera bientôt Le Salon romand de l’habitation durable et de l’efficacité énergétique, puis la Foire de Fribourg. Les Témoins de Jéhova sont de bons clients, ils viendront à quatre reprises à Granges-Paccot d’ici 2014.
Nous étions plusieurs milliers aujourd’hui, j’y ai rencontré une étudiante en droit venue de Belgique, un herboriste neuchâtelois, un boulanger qui habite Matran, un chauffeur de bus, une coiffeuse de Bulle. J’ai même discuté avec un le propriétaire d’une villa cossue de Cousset. Il y a évidemment aussi des bouddhistes, des vrais, on les reconnaît à leur habillement moutarde et bordeaux, il ressemble étrangement, lorsqu’on y songe, au costume du groupe folklorique de « La Villanelle » Montagny-Cousset, mais eux n’ont pas le crâne rasé.
Je crois qu’on l’aime bien le Daïla-Lama dans notre région, l’étudiante belge le trouve gentil, l’herboriste me confie que cet homme lui apporte un sentiment d’universalité, il ne fait pas de chichi, m’a dit la coiffeuse de Bulle, et puis il ne crache sur personne, a jouté le boulanger pour plaisanter.
Bon, le premier contact avec l’équipe de Sa Sainteté n’a pas été comme je l’espérais. J’ai dû déposer mon appareil-photo à la consigne, j’ai lu sur une pancarte qu’il était interdit d’emmener dans la salle ni casque, ni bouteille, pas de parapluie, pas de sac à dos, pas de valise, pas de couteau pas de pousse-pousse  ; par chance je n’avais emporté aucun de ces objets. J’ai eu droit à une fouille superficielle, mais une fouille quand même, je n’aime pas ça.
Puis il est apparu, tout le monde s’est levé et a applaudi, il est comme à la télé. Le Daïla-Lama on le reconnaît facilement, c’est le seul à avoir sur la tête une casquette dont il a découpé le sommet, c’est lui aussi qui décide de tout, qui décide quand le traducteur doit traduire et quand il doit se taire. Le Daïla-Lama n’est pas si commode que ça, il a pourtant de prime abord l’allure d’un de ces idiots qui ne se rendent pas tout à fait compte d’où ils se trouvent, qui semblent ignorer qu’il y a du monde autour d’eux, qui rient même lorsque leurs interlocuteurs ne comprennent pas pourquoi ils rient. C’est ça je crois qu’on apprécie chez le bonhomme : lorsque le traducteur traduit ce qu’il vient de dire, il ne l’écoute pas, il fait le clown, semble ne pas s’en préoccuper, il regarde les gens des premiers rangs, leur fait des sourires, des grimaces, des clins-d’oeil. Une belle autorité. J’ai vu tout ça sur l’écran géant mis à la disposition des spectateurs un peu éloignés de la scène. Pour le reste je ne sais pas, je connais pas.

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À midi j’ai mangé à la COOP, c’était une toute autre ambiance, j’y ai retrouvé des gens qui étaient dans mon secteur, le C1. Ils ont fait mine de ne pas me reconnaître, j’ai fait la même chose.
Suis sorti finalement à 16 heures 30 du Forum, lorsque le Daïla-lama a remis et lacé ses chaussures pour nous signaler que c’était terminé.
Me suis arrêté en rentrant dans l’abbaye cistercienne d’Hauterive, obéissant ainsi à une invitation de Sa Sainteté.
– Allez voir d’où vous venez et faites un peu de lumière sur le christianisme. Laissez au peuple tibétain le bouddhisme.
On faisait sonner les cloches pour les vêpres, je suis arrivé avec le soleil, trois bons quarts d’heure de chants et de louanges, en latin et en français, deux langues en définitive aussi difficiles que le tibétain et le sanscrit.

Jean Prod’hom