Café littéraire de Vevey

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Si on s’est tous crus dimanche, ce matin, c’est parce que Sandra et les filles sont allées chez Marinette nettoyer le parc de Ziggy et de Sahita  ; et faire une balade. Arthur ouvre la fenêtre de sa chambre lorsque je pousse le portail  ; son visage est encore froissé, pris dans les filets de la nuit  : il retourne se coucher. En route donc pour Vevey, bien décidé à jeter un coup d’œil au Café littéraire qui a ouvert ses portes la semaine passée. Par Mézières et le lac de Bret, la corniche.

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Écoute à la radio quelques-unes des lettres que Chappaz et Roud se sont échangées  ; n’entends à la fin, lorsque je laisse la Yaris avenue Nestlé, qu’une seule solitude, immense, que chacun d’eux charge l’autre d’atténuer en sublimant.
Les magasins sont ouverts, on est donc vendredi. Constate que ce sont 24 roses et 30 lettres d’amour qui entourent mes 50 tessons dans la vitrine de la librairie La Fontaine ; ça pourrait être pire. Hésite à acheter ce recueil de poèmes que Rilke rédigea en français, accompagnés dans la présente édition par des photographies qui évoquent un peu trop les fleurs offertes à la famille d’un défunt  ; que la poésie ait maille à partir avec la mort, soit, mais pas ainsi. Laisse finalement dans la vitrine à la fois les lettres d’amour de Moravia à Lélo Fiaux et les poèmes de Rilke.
Beaucoup de lumière au Café littéraire, tout le monde s’affaire  : on reprend, fignole, corrige, ajuste sans que jamais le sourire ne lâche les animateurs de ce nouvel espace. Et puis il y a du monde, pas besoin de publicité, tout séduit, la sobriété surtout. Au mur l’actualité culturelle de Vevey, quelques vieilles images, du blanc et du bleu, deux fois le logo – solide comme celui d’une compagnie d’assurances.
Et trois ou quatre rayons sur lesquels sont alignés des livres qui donnent envie de lire. Et ce qui devait arriver arrive, je tombe sur les 24 roses de Rilke que je lis en mangeant  : fromage blanc, galette et saumon  : délicieux. Pas les poèmes, j’ose le dire, un peu lourds à mon goût, et même recouverts d’une fine poussière et entourés de bouts de ficelle qui n’attachent pas mon attention  ; la même phrase chantée par le même ange. Des extraits se mêlent pourtant à la risée qui fait frémir le lac, abandon entouré d’abandon, je lève les yeux sur le flottant séjour, avec des nuages autour du Catogne, là-bas tout au fond.
Sur la terrasse, d’autres poètes, des jeunes gens, des vieux messieurs et des vieilles dames étendent leurs jambes.  Même sans couverture, ils font penser à ces malades d’un autre siècle, convalescents alignés sur les balcons des sanatoriums en face des montagnes magiques. Aujourd’hui, ils sirotent un verre de vin blanc ou suçotent un gros cigare de Cuba.
Il est temps de laisser tout ce petit monde  ; me réjouis de savoir comment la littérature s’assoira demain autour de ces tables, comment les mots rouleront sur leur vieux plateau cintré  : c’est bien parti.

Jean Prod’hom

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