Le vendeur de reblochons et de Mont-d’Or

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Cher Pierre,
Le vendeur de reblochons et de Mont-d’Or a ouvert la porte du printemps au café d’Oron. Je lui prends un reblochon qui a la couleur du soleil, il ajoute deux tomes, un peu pâles. Je bois une verveine en lisant l’article du docteur Barras sur l’histoire des sanatoria de Montana-Vermala, en rêvassant, une héliothérapie me ferait du bien, à moi aussi, allongé sur une paillasse, caché sous des couvertures, avec en face le vallon de Réchy et à côté le Théoda de Corinna Bille.

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Traverse la journée sans m’arrêter, mets de côté une cinquantaine de photos. File, en fin d’après-midi, récupérer Lili à Saint-Martin, Arthur à Ropraz. Le mousse a pu parler avec Jean-Daniel des objectifs qu’il s’est fixés cette année.
A Crans-Montana, j’y serai la semaine prochaine, avec une quarantaine de bambins  ; pas sûr que j’aie le temps de faire autre chose que de les tenir en laisse. Me souviens pourtant avoir passé, il y a deux ans, une belle heure dans le salon de l’hôtel du Parc, perché sur la butte de Montana.
J’essaierai de m’y attarder une nouvelle fois, dans le souvenir de ces pâturages et de leurs plis que rappellent les photos en noir et blanc de la construction de l’hôtel du Parc. Et ce quelque chose que je percevais dans le silence de cet après-midi de janvier, dans ce salon, je le devais à Théoda que je venais de lire, ce récit que Corinna Bille fait naître sur le plateau, avant que le promoteur Louis Antille et le docteur Théodore Stephani ne mettent la main dessus.
C’est toujours ainsi que la vie prend corps, les yeux fermés et la porte entrouverte. On s’avise alors que ce qu’on a vécu autrefois reste collé à la rétine et qu’il n’y a aucune raison de l’ignorer.
De porte entrouverte en porte entrouverte on traverse des pays qui s’emboîtent et où les vies se croisent, et le temps qui filait entre nos doigts revient chargé de ce qu’on croyait perdu, et le passé se met à battre au coeur du présent, sans nostalgie.
Il est 10 heures et demie, plus un bruit dans la maison.

Jean Prod’hom