A l’impression d’avoir couru tout le matin

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Cher Pierre,
A l’impression d’avoir couru tout le matin derrière ce que je m’étais promis de faire, succède celle de voir s’éloigner ce que j’aurais pu entreprendre si j’avais mieux estimé mes forces. Je prends conscience de tout cela lorsque j’essaie de rassembler les images du jour, que je peine non seulement à retrouver mais encore à rogner et à placer dans l’ordre de leur succession.

Jean-Claude Hesselbarth

Je suis parvenu pourtant à boucler l’essentiel à midi, au Grenier à sel, d’où j’ai pu envoyer à Joëlle les photographies que m’a fait parvenir la journaliste de Montélimar, le texte que j’ai rédigé la veille au soir pour ce site et le communiqué de presse que m’a expédié Nicolas.
Je croise Lily dans son jardin, le weekend de Pâques a bien entamé Hesselbarth qui reprend pourtant du tonus. Je passerai demain après-midi avant de rejoindre Christine à Terres d’écritures.
Redescends à Colonzelle par le manège, jette un coup d’oeil discret sous les chênes, guigne sur les rives sablonneuses du Lez, au cas où des morilles me feraient signe. Croise une piéride qui remonte le chemin, elle s’échappe, je me tourne dans tous les sens, elle a disparu. Une douzaine d’abeilles se désaltèrent dans une flaque  ; bruit de sanglier dans le sous-bois, c’est un merle qui remue les feuilles mortes et qui s’envole. Salue les pervenches observées la veille, fais une halte contre la pile du pont de l’ancienne ligne reliant Pierrelatte à Nyons, à côté de deux pissenlits solaires. L’eau du Lez qui se gargarisait plus haut paresse, un lézard vert pâle se faufile entre les ronces, les chardons rouges de l’été passé ont séché.
Il suffisait de se donner la peine de le dire. Et cette journée qui manquait de tout retrouve une allure, sept coups au clocher de l’église de Colonzelle, on n’apercevra bientôt plus les boules de gui, l’écriture a un indéniable pouvoir de réhabilitation.
Je téléphone au Riau, pas de nouvelles d’Arthur qui s’entraîne en Valais. Sandra, qui est le maître d’oeuvre des prochaines transformations de la maison, ramène mes histoires à de justes proportions : elle me raconte l’architecte, le menuisier et le maçon. Quant à Lili et Louise, ravies de leur journée à Thierrens, elles me racontent la belle histoire de Peony et de Stella.

Jean Prod’hom