Lorsque je suis retourné au Clos-des-Saules

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Lorsque je suis retourné au Clos-des-Saules, quelques semaines après le décès de celui qui m’avait aidé à ouvrir les yeux tandis qu’il se préparait à fermer les siens, seul, le temps d’une saison, sans prêter attention à ma présence et à l’intérêt que je lui portais, tout le personnel, les infirmiers et les infirmières m’ont accueilli avec le sourire.

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Le temps avait passé et j’ai bien vite remarqué qu’ils avaient oublié celui que j’appelais Monsieur, aussitôt que sa chambre avait été occupée par un nouveau pensionnaire. Je leur ai demandé des nouvelles de Calou que je n’avais pas aperçu à mon arrivée  ; il avait déserté l’aile de l’établissement et, les beaux jours venant, passait de longues heures, la nuit souvent, autour et dedans le réduit du jardinier. J’ai bu un thé avec l’infirmier-chef, avant qu’il ne me quitte pour répondre aux tâches qui l’attendaient  ; c’était vendredi soir, il avait hâte de rejoindre sa femme et ses enfants pour un long week-end. Le soleil glissait derrière les épicéas et les sapins blancs de la Montagne du Château, hautes sentinelles au-dessus desquelles passaient de longs nuages blancs.
Dans le livre d’or que j’ai feuilleté, depuis la fin comme il convient, j’ai croisé les visages des deux pensionnaires morts depuis le décès de Monsieur, photographiés à l’occasion d’une de ces fêtes organisées par les employés, qui le réjouissaient mais auxquelles il ne participait pas  ; chacune de leur vie était évoquée en quatre ligne par le biographe du lieu, qui soulignait leur gentillesse, leur discrétion et leur courage. Quelques écritures malhabiles venaient ajouter l’un ou l’autre des souvenirs qui avaient réunis ces vieilles gens et qui seraient bien vite oubliés.
Ces deux doubles pages recouvraient celle qui avait été consacrée à Monsieur, presque blanche, accompagnée d’aucune photographie. On pouvait lire les dates de naissance et de mort, le prénom et le nom de celui qui aurait pu être un inconnu. Mais Monsieur habitait désormais les alentours auxquels j’aurais, moi aussi, si les forces ne me manquaient pas le moment venu, à m’y confondre. Le blanc de cette double page, c’était ce paysage qu’aucun nom, formule ou poème ne pouvait retenir, silence rappelant que ce Monsieur avait été un concentré d’être qui avait tenu bon dans sa nudité, en consentant à n’être à la fin qu’ombre et lumière coulant aux quatre coins de l’horizon.

Jean Prod’hom