Toutes trois novices peut-être

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Toutes trois, novices peut-être, avancent dans le Désert  ; à la queue leu leu, voûtées et vêtues de noir. Elles marchent sans faire de bruit sur la route qui mène au monastère, tête penchée, regard tendu vers le bitume. Mais regard intercepté par leur main identiquement entrouverte, dont elles semblent fixer, stupéfaites, l’imaginaire stigmate.

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Elles vont du même pas, au rythme de leur cœur fatigué, corps soumis à l’épreuve  ; chacune respire avec peine l’air rare d’août  ; le soleil ne les épargne pas, elles vont sans coiffe de bure, ni apprêt ni plainte  ; elles vont assurées que l’appel viendra.
Le visage de la seconde s’éclaire soudain, elle lève la tête et porte sa main entrouverte à son oreille, comme s’il s’agissait d’un diapason  ; elle sourit mais bien vite son visage s’assombrit. Le bras hésite, se baisse, la main lui obéit et reprend sa place, à hauteur de taille, offrande et contrition. Pourtant, elle ne renonce pas, poursuit son chemin avec les autres, l’œil à nouveau fixé dans le creux de sa main  ; son pouce tremble dans l’ombre, elle ne lui laissera aucun repos, aussi longtemps que celui qu’elle attend ne l’aura pas appelée, lancé le fil qui l’en sépare et sur lequel elle le rejoindra.

Jean Prod’hom