J’ai reçu ce matin une gentille lettre

J’ai reçu ce matin une gentille lettre de Jean-Christophe Bailly. Il m’apprend, au détour, qu’il se rend chaque été à Porz Even et qu’il en ramène… de minuscules coquillages. Il ajoute que des tessons, il en a plein une corbeille. Oh ! pas de ceux qui me rendraient jaloux, des tessons de campagne, trouvés dans la terre… pas arrondis, pas lisses, autre chose.
Le paragraphe, assez sévère, que j’ai consacré à Gaudi amène l’écrivain à faire un distinguo, qui n’est pas loin de me rabibocher avec l’architecte catalan lorsqu’il conclut : Quand tout ce qui est utilitaire sera comme le banc du parc Guëll, cela voudra dire que l’on aura entendu la leçon des ramasseurs de tessons et de bois flottés.
Les mots de cet essayiste, dont la trajectoire et l’écriture m’emballent depuis longtemps déjà, me donnent une fois encore la preuve, si besoin était, que ceux qui n’ont pas une minute, en trouvent une encore pour dire avec bienveillance, aux premiers venus, que leurs ratiocinations plongent leurs racines, elles aussi, dans ce qui les entoure.

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PS

Finalement je retranscris cette lettre qui me ravit ;

… Je n’ai eu votre livre que récemment, il a dû passer un long moment dans la loge de l’immeuble – Je l’ai trouvé en rentrant de… Porz Even ! Où je vais régulièrement chaque été, y ramassant quantité de minuscules coquillages.
Des tessons, j’en ai une pleine corbeille mais ce sont des tessons de campagne, trouvés dans la terre – les paysans autrefois y jetaient / enterraient les pots cassés : donc pas arrondis, pas lissés, autre chose.
J’ai lu votre livre avec beaucoup de bonheur, la quête de ces choses de rien y est très bien décrite et commentée, on vous suit sur les grèves et les replis – dans ce grand gisement disséminé. Il y a là quelque chose de chinois et ce d’autant plus que vous n’insistez jamais. Vif comme le surgissement de la couleur dans ces petits éclats.
Il n’y a que sur Gaudi que je ne suis pas d’accord avec vous. Il n’utilisait pas de choses trouvées mais des céramiques cassées exprès comme dans la technique des « carreaux cassés » utilisée dans le bâtiment (surtout entre deux guerres et années 50) – et quand tout ce qui est utilitaire sera comme le banc du parc Guëll, cela voudra dire que l’on aura entendu la leçon des ramasseurs de tessons et de bois flottés.
Merci en tout cas pour le cadeau de ce livre – et pour le petit tesson – qui l’accompagnait et qui aura fonction de talisman, là où il repose désormais…