Sous le Repuis

noisetiers_chatons

Grandson / 10 heures

Une douzaine de perce-neige secouent leur bonnet blanc sur le talus de la petite route qui mène du port de Grandson au camping de la Corcelette ; je les regarde une nouvelle fois pour la première fois, me promettant de ne rater pour rien au monde les bourgeonnements et les floraisons qu’elles annoncent. Oublieux des engagements pris voici exactement une année, sur une autre route, et auxquels il m’avait fallu bien vite renoncer quelques jours plus tard, lorsque d’innombrables signes étaient apparus sur les talus et dans les prés, dans les bois, aux lisières et dans les champs, anéantissant mon désir d’inventorier les merveilles, de fixer leur nom et l’ordre de leur succession.
Les troupes mises à la disposition du printemps sont telles que nous sommes très vite débordés, qu’elles ne nous autorisent bientôt, après les chatons des saules et des noisetiers, les crocus et les primevères, qu’à suivre leur déploiement jusqu’aux grands feux de l’été.
Je fais une halte au retour dans la Grande salle de Mézières où s’organise la bourse annuelle aux oiseaux ; les chardonnerets, les verdiers et  les moineaux du Japon sont décidément bien à l’étroit dans leur petite prison. Je note quelques-uns des patronymes des marchands fixés aux barreaux de leurs protégés : Natividade, Liberado, Palmisano, Pastorello, Ciliberto… De tels noms n’auraient-ils pas pu leur suffire ?