La Gare

Châtillens / 16 heures

Au premier rayon de soleil les fourmis font battre le cœur de leur dôme, le rouge-gorge bombe le torse, les petites tortues battent des ailes et sautent du blanc des anémones au jaune des tussilages, du rouge des bruyères au bleu des scilles. Les locataires descendent au lac, les propriétaires mettent de l’ordre dans le garage, sortent le banc dans le jardin. On a fait réviser la tondeuse et on brûle les branches mortes. Les voisins ouvrent leur cabanon, les argonautes  préparent leur vaisseau, Perceval et Gauvain discutent du Graal autour de la table ronde. Chacun s’affaire, sort du fond des armoires des cartons pleins de cartes, de guides et de projets. Au diable l’hiver, et pour toujours.
Un ami me confie qu’il met la dernière touche à la réalisation d’un vieux rêve, celui de rejoindre Compostelle avec sa belle. J’ai hésité à lui dire : « Et le retour ? » Je me suis tu.
Les marcheurs au long cours devraient pourtant savoir, avant d’entamer leur long périple, qu’ils ne récolteront que la moitié des bénéfices promis s’ils s’arrêtent à Compostelle. L’autre moitié se gagne au retour : « Les pèlerins médiévaux nous l’ont appris, aller à Compostelle ce n’est rien ; mais en revenir à pied, par le même chemin ou un autre, c’est une autre paire de manches. »

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