Sous le cimetière

Bioley-Magnoux / 14 heures

S’il me fallait un jour emménager dans un château, mais qu’on m’en laisse le choix, je pencherais pour celui de Bioley-Magnoux, son vieux verger et la Menthue qui coule à ses pieds ; perché sur une colline, il a les dimensions modestes d’une gentilhommière. J’apprends que Charles le Téméraire y fit halte le mardi 4 juin 1476 et qu’il en repartit le 5, trois semaines avant sa déconfiture à Morat.
Le bâtiment du fermier au nord n’est pas mal non plus. Je fais une halte à la Petite Auberge, y bois une verveine sous l’oeil bon enfant du Général Guisan ; rien n’a changé depuis trente ans, ou presque : les boiseries ont été recouvertes d’un vernis bleu cuisine.
Peu après le cimetière, un chemin s’écarte de la route cantonale en direction des côtes de Lavaux ; il plonge sur les Vernettes qui alimentaient autrefois deux moulins, avant de grossir les eaux de la Menthue près de Donneloye ; le chemin devenu sentier se faufile entre le jaune vif des ficaires et le bleu pervenche des pulmonaires.
A quoi rime tout cela, je n’en sais rien ; ce que je sais, c’est qu’au bout de cette balade qui aura été comme un pèlerinage, il y a une grande église dans laquelle et autour de laquelle il y avait foule cet après-midi, tous là pour soutenir les parents et les amis d’un enfant fauché par la mort.
Je suis resté dehors avec des collègues, ceux que je vois tous les jours et ceux que je n’ai pas revus depuis longtemps ; pendant les silences du pasteur les oiseaux bavardaient dans le ciel vide et les enfants jouaient sur le parvis ; j’ai fait le lézard assis sur un muret, quelque chose insistait malgré tout ; il n’y avait pas besoin de prier pour être entendu, le soleil semblait ne pas vouloir se coucher, on aurait voulu que rien ne s’arrête.

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