Santa Maria Vergine

Palerme / 15 heures 

Les murs de la cour, qu’on aperçoit de l’extérieur, sont décorés de bris de carreaux colorés ; la maison est au bord de la mer, une espèce de bungalow à mi-chemin d’un mobil home et d’un cabanon de pêcheurs qui se serait étendu de génération en génération. Le propriétaire m’invite à faire des photos de l’intérieur : c’est l’œuvre de l’un de ses dix frères, mort aujourd’hui. Ils sont tous nés là, à Santa Maria Vergine, se sont expatriés pour gagner leur vie avant de revenir finir leurs jours dans l’une ou l’autre des nombreuses dépendances de ce labyrinthe familial.
Entre son départ et son retour de l’étranger, les autorités palermitaines ont défiguré le paysage, l’homme n’a pas de mots assez durs pour maudire ceux qui étaient alors aux affaires, qui se sont débarrassés ici, chez lui, des restes de la guerre et des matériaux de creuse qui ont permis aux promoteurs d’élever des palais et des HLM.
C’était le plus bel endroit du monde, l’ancien marin à la retraite en donne pour preuves les ans qu’il a passés sur les océans et qui n’ont pas démenti ses certitudes : rien vu de pareil, nulle part.
Je confirme les dégâts, la guerre n’a pas cessé au pied du Monte Pellegrino, entre Mondello et Santa Maria Vergine, du béton à perte de vue, des fers rouillés, des portails renversés, des fils de fer barbelés, des treillis, des chiens, des affaissements de terrain, des maisons vides.
Rien n’empêche cependant les orangers de pousser et les citrons de mûrir. Quant à la mer, elle fait comme si rien ne s’était passé.

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