Bibliothèque (Célestin Freinet VII)

Riau Graubon / 12 heures

Le vin coulait dans les verres avec un glougloutement cristallin ; il était d’un noir brillant tel un fruit sauvage…
– Vous pouvez faire claquer vos langues… C’est du pur jus… On dirait qu’on boit du soleil, n’est-ce pas ? […] Vous parliez de la science, monsieur Long, de ce dieu nouveau qui doit apporter aux hommes une raison de vivre et le moyen aussi de réaliser la destinée qu’ils n’ont pu jusqu’à ce jour qu’imaginer et espérer.
Dans la mesure où elle nous apporte une étude impartiale, solidement basée sur l’expérience sûre, sur une documentation complète, quelque chose qui soit évident comme deux et deux font quatre, et non seulement aujourd’hui et en ce lieu, mais exact aussi dans le temps et dans l’espace, une sorte de vérité portant en elle la pérennité du divin, je considère moi aussi la science comme une grande conquête humaine, je la révère et l’appelle.
Mais, hélas, il s’agit encore là d’un idéal après lequel nous courons, d’une insaisissable clarté que nous poursuivons obstinément, [………] Il faudrait toujours dire : la science humaine, pour en marquer la faillibilité et la relative impuissance […]
Quelles garanties pouvons-nous avoir, raisonnablement, que ce qu’on nous présente aujourd’hui comme scientifique l’est plus que ce qu’on nous disait hier tout aussi scientifique pour en dénoncer ensuite impudiquement les méfaits ? […]
A l’échelle de l’immédiat, au jour le jour, les hommes de science peuvent voir raison. A l’échelle de la nature et de l’humanité, leurs erreurs ne sont pas sans influence directe sur la dégénérescence et la décadence dont les événements actuels sont la conséquence.

Célestin Freinet, Oeuvres pédagogiques I,
Les erreurs humaines de la science

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