ECAL (Célestin Freinet XI)

Renens / 17 heures

Un doute naissait en eux, que creusait un soupçon de clarté. S’ils n’avaient jamais pu se reposer dans aucune apaisante certitude, c’est que nul ne leur avait enseigné à scruter les profondeurs, et qu’ils étaient ballottés au gré d’idées et de systèmes qui ne remuaient jamais que la surface ; qu’ils n’avaient fait que jouer à l’entrée de la grotte sans se hasarder jamais, lumignon en mains, dans les recoins difficiles qui détiennent les secrets du passé et les raisons mêmes du présent. […]
Cette faculté d’aller en profondeur, ils découvrent maintenant tous deux qu’elle ne suppose pas forcément l’ampleur des connaissances ni la formelle acquisition scolastique. Ce sont plutôt comme deux voies séparées, qui ne devraient pas l’être puisque l’une devrait conduire à l’autre pour la faire plus puissante et plus claire. Et c’est peut-être bien l’origine du grand drame humain que cette séparation, et que l’impuissance de la connaissance à mener jusqu’à la sagesse. Parce que la connaissance est d’une mauvaise qualité, qui fait illusion, mais ne sourit pas comme elle le devrait. […]
La croûte et le vernis ont seulement changé de consistance et d’apparence au gré des modes et des époques, et les barioleurs n’ont pas encore fini leur besogne vide et vaine.

Célestin Freinet, Oeuvres pédagogiques I,
Connaissance et sagesse

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