Lac des Joncs (Célestin Freinet XXIII)

Les Paccots / 10 heures

Ce qui développe incontestablement la mémoire, ce qui permet du moins d’y caser avec ordre et sûreté un plus grand nombre de faits et de notions, c’est cette précision croissante que les hommes tentent d’apporter dans leur conception de l’univers, les relations de cause à effet qu’ils découvrent, la logique avec laquelle ils engrangent les éléments de la connaissance, Mais nous sommes loin, vous le voyez, du vulgaire exercice scolaire de la mémoire, des catéchismes ou des résumés à apprendre par coeur sans les comprendre, des listes de mots ou de notions à ingurgiter sans qu’on saisisse ni leur portée profonde ni leurs relations – ce qui les rend délicieusement interchangeables parfois.
Vous avez à faire dans ce domaine, n’est-ce pas ?
A prendre conscience d’abord de vos faiblesses et de vos inconséquences pour vous débarrasser enfin de pratiques qui ne se maintiennent que par empirisme et commodité. C’est si simple de donner à apprendre par coeur une leçon de catéchisme, de morale ou d’histoire qu’on serait d’ailleurs incapable d’expliquer ! Et puis, cela fait tellement illusion, des mots qu’on peut répéter pour affirmer sa science, tandis que les vraies opérations intellectuelles gardent quelque chose d’intime, qu’il est bien difficile et parfois impossible d’extérioriser, qui se manifeste peut-être seulement par un éclair plus assuré et plus positif du regard, comme une fugitive illumination.

Célestin Freinet, Oeuvres pédagogiques I,
L’Education du travail, 1949
La mémoire

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