Place Saint-Maurice 2 (Célestin Freinet XXIX)

Annecy / 10 heures

[…] Croyez-vous que le désir de connaître et d’agir ne puisse pas être, à certains moments de la vie, aussi impérieux, aussi dynamique que le souci de satisfaire la gourmandise ? Je ne dis pas que l’un puisse et doive remplacer l’autre, et ce n’est pas ainsi que nous devons poser le problème. Devant un beau cerisier chargé de fruits mûrs, la tentation est irrésistible. Mais l’enfant satisfait physiologiquement a cependant conscience de ne pas avoir rempli son destin. Pour accroître sa puissance, pour porter au maximum l’intensité de sa nature exigeante, il est capable de faire bien des sacrifices. Le secret pour nous c’est de ne pas amortir ce désir, ne ne pas refroidir cet enthousiasme, parce que l’un et l’autre seront les leviers décisifs de notre éducation. […]
Ce n’est point de cette terne uniformité que vous leur offrez dans vos livres que les élèves ont soif, mais de chaleur, de froid, d’éclat, de chocs, de cris, de chants, d’efforts… ils sont comme une corde dont la nature est de vibrer. Vous craignez qu’elle casse et vous allez réduisant les réactions, amenuisant les choses, ménageant à l’excès les transitions inutiles. […]

Célestin Freinet, Oeuvres pédagogiques I,
L’Education du travail, 1949
Une éducation du travail

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