Greyloz (Célestin Freinet XXXV)

Corcelles-le-Jorat / 13 heures

Si ma théorie – dans ce domaine, hélas après tant d’autres, il faut se contenter de théories –, si ma théorie est exacte, si le jeu n’est que l’exutoire d’une activité qui n’a pas trouvé à s’employer, on pourrait le considérer comme un succédané, un correctif et un complément du travail, et formuler que l’enfant joue lorsque le travail n’a pas suffi à épuiser toute son activité.
– Alors le jeu, qui est communément considéré comme un délassement, serait selon vous une forme spéciale de travail, recherché, et au besoin inventé, par l’enfant pour user son trop-plein de forces ? […]

Ah ! si mon père s’était, comme le font malheureusement tant de parents inconscients, réservé exclusivement le beau rôle, s’obstinant à monter tout seul le mur et m’utilisant seulement comme manoeuvre : « Donne-moi cette pierre !… Fais-moi passer cet éclat !… Va chercher la bêche !… Où donc s’est caché le marteau ?… « Bien sûr, alors j’aurais été vite fatigué et, regrettant la partie de boutons manquée et me désintéressant à bon droit d’un mur qui n’était pas mon oeuvre, je me serais contenté de chercher entre les pierres les escargots « tapés » que je ramenais le soir pour les faire cuire dans la braise avec une pincée de sel. Le travail ne me donnant pas satisfaction, j’aurais aspiré à un dérivatif, et le jeu se serait imposé.

Célestin Freinet, Oeuvres pédagogiques I,
L’Education du travail, 1949
Un puissant besoin de travail

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