Jardin

Riau Graubon / 18 heures

A Payerne, les condamnés pour vagabondage, pour mendicité, pour violation des devoirs envers la famille, ceux qui, étant en état habituel d’ivresse, laissent leur famille à la charge de leur commune ou causent des scandales publics, et les femmes condamnées pour prostitution sont punis de la réclusion ou de l’internement ; celui-ci n’est jamais inférieur à six mois et peut aller jusqu’à trois ans (vagabondage) ou même six (violation des devoirs envers la famille). Un député justifie cette durée par son efficacité ; il s’agit d’une mesure sans laquelle la colonie, au lieu d’être un établissement dans lequel on travaille à l’amendement de délinquants, n’est qu’une hôtellerie où l’on n’a pas le temps de rompre avec d’anciennes et mauvaises habitudes.
Les détenus qui n’ont pas de travail à l’expiration de leur peine peuvent demander un internement dans la colonie ; quant à ceux qui font la démonstration d’une bonne conduite, ils peuvent profiter d’une remise de peine. Certains anciens colons sollicitent également un nouveau séjour. Pour ne pas les confondre avec les détenus condamnés à la réclusion, les colons dorment dans des dortoirs.
On compte une septantaine de locataires dans les années huitante ; sept ou huit colons s’évadent chaque année, trois en moyenne ne réapparaissent pas au lendemain des fêtes. L’enquête d’Henri Anselmier fait voir le mauvais état de santé des détenus et les ravages causés par l’alcool : en 1883, la moitié des colons sont des invalides incapables de travailler.
La colonie se trouve toutefois à l’avant-garde de la culture intensive de la betterave sucrière dans la Broye ; l’élevage du cheval y occupe également une place importante, celui des bovins, des cochons, des moutons aussi ; les ateliers, à l’est du domaine, ouvrent leurs portes sur les métiers du cuir, du tissu, du bois et du fer.
Les autorités ne sont pas dupes, le « relèvement moral » est chose difficile ; on se réjouit d’abord que ces internés contribuent à la prospérité générale en améliorant la plaine marécageuse, presque inculte achetée par l’Etat à la commune de Payerne (routes, chemins, ponts, canaux, drainages, engraissages…). Il en ira de même dans les marécages de Witzwil dans le canon de Berne, de ceux de Bellechasse dans le canton de Fribourg et dans ceux de la plaine de l’Orbe dans le canton de Vaud.

(Sources : Henri Anselmier, Les Prisons vaudoises 1872-1942)

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