Jardinet d’Hauterive

Posieux / 12 heures

Une mère et un petit enfant prennent du bon temps dans un jardinet des environs de Hauterive, doré à la feuille d’automne. La mère, rêveuse, assise sur un muret qui retient un bout de terre recouvert de fraisiers porte un drôle de chapeau ; sa main gauche tient en équilibre un gros livre à la jaquette rouge ouvert en son milieu, qui repose dans les plis de sa longue cape bleu myrtille, ouverte sur une robe couleur cassis, elle ne lit pas. Elle tient une rose blanche dans l’autre main, ouverte, doigts longs et fragiles, la courte tige de la rose pincée entre le pouce et le majeur, le bras relâché. L’enfant est à ses pieds, cheveux en désordre, les yeux et le bras tendus vers la fleur, impatient, un vase aussi gros que sa tête dans l’autre main, un vase vide. Il a le vase, elle a la fleur.
A leur pied des verts, ceux du muguet, de la nivéole et de la pervenche. Derrière eux un bâti de lattes de bois, rouge cerise, enfoncées dans la terre meuble et contre lesquelles grimpent deux rosiers, un rouge et un blanc, aux fleurs rares, souvent défaites à cette saison. Derrière eux une haie vive et, tout en-haut du rameau d’un tout jeune merisier, un chardonneret.
Si les nivéoles et le muguet avaient été en fleur, si le blanc des pétales des fraisiers, le jaune de leurs étamines et le rouge de leurs fruits s’étaient alliés au vert de leurs feuilles, si les oiseaux avaient été plus nombreux, on aurait pensé plus encore qu’aujourd’hui à la Madone aux Fraises du Maître du Jardin de Paradis.

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