Jardin

Riau Graubon / 17 heures

Le vent d’ouest s’est levé ; pas de pluie, pas de brouillard, mais beaucoup de gris. Je termine la lecture des notes et de la postface de Fabien Vallos, qui complètent l’édition de la traduction du Journal de Pontormo : Nudité des corps, nudité de leurs contacts, nudité du cycle de la mort, de la putréfaction, de la carnation, nudité des visages. Et nudité des annotations du journal. Plus de feuilles aux érables, ni aux chênes ni aux hêtres du jardin. Les filles, Oscar et Sandra sont chez Marinette, je charge les pneus d’hiver, ramène Arthur de l’arrêt de bus et me rends à Carrouge faire quelques courses.

Ecoute Michel Antoniazza, à la retraite aujourd’hui, qui s’est consacré à la gestion de la Grande Cariçaie pendant plus de quarante ans, un nom qu’il a proposé pour désigner l’ensemble des marais de la rive sud du lac, à travers lesquels il était prévu de faire passer l’autoroute. Il souligne l’évolution positive des ressources alimentaires des oiseaux, la qualité des eaux qui a conduit à la diminution des algues de surface au profit des algues de fond, les characées, qui offrent un lieu pour l’hivernage en Europe de quantité d’oiseaux, de plus d’un tiers des nettes rousses d’Europe par exemple. Visibles de chaque côté des passerelles de Gletterens des panures à moustaches. J’aperçois Lucie qui marche sur la route du Riau, sous la pluie, avec un cabas à la main.

Coupure d’électricité en fin d’après-midi tandis que la nuit tombe, le ciel gronde, la pluie devient lourde, grésil sur les vitres, éclairs, les prés blanchissent. Agitation à la cuisine, on sort des bougies, les frontales, un gâteau à la crème, un panetone, des mandarines ; on boit un thé ; on en vient à imaginer l’avenir dans la nuit avec le sourire, et le pire avec un certain plaisir.
La lumière revient, le rêve tombe à l’eau.

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