Vieux verger

Riau Graubon / 10 heures

Il est six heures, j’écoute d’en-bas Sandra et les enfants se succéder à la salle de bains. Il faut dégeler du pain, j’ouvre le pot de confiture ramené de Hauterive, un peu sucrée. Puis lis la moitié du Lenz de Büchner que je tire par mégarde : Le 20 janvier, Lenz partit dans la montagne…
Sandra prend la Micra, je conduis Arthur à l’arrêt de bus avec le fourgon. Termine le Lenz au retour :

Le lendemain matin, par un temps triste et pluvieux il entra à Strasbourg. Il paraissait avoir toute sa raison, il parlait avec les gens. Il faisait tout comme les autres ; mais il y avait en lui un effroyable vide, il n’éprouvait plus ni angoisse ni désir, son existence lui était un fardeau nécessaire.
Ainsi vécut-il dès lors…

Cette fin suspendue, ce court-circuit, cette interruption n’est vraisemblablement pas pour rien dans la sensation de plongée, de descente que Bailly éprouve chaque fois qu’il lit ce texte, bref, d’un homme de vingt ans : rien d’autre, rien que la chute de cet homme et les branchage de vérité auxquels il s’agrippe.

La bise s’est réinstallée, et dans son sillage le soleil qui veille au-dessus du brouillard. Petit tour avec Oscar, à la Moille-aux-Blanc par la Mussilly ; des gants ne seraient pas de trop, ne pas oublier d’acheter du pain non plus, les enfants en mangent toujours davantage, presque autant que Pontormo qui en abusait, comme de la viande ; mais des excès de celle-ci – pigeons, coquelets, mouton, foie frit, agneau, ragoût, bécasses, poules d’eau, rôtis, saucisses, porc, pintades, lièvres, gros poissons et petits frits, cabris, viande séchée, colverts –, Louise nous garde. Le soleil écarte le brouillard et fait, avant de s’y installer, un peu de place au bleu du ciel.

Louise rentre à midi, je prépare une salade et réchauffe le risotto de la veille ; je jeûne de mon côté mais confirme ma réservation du 26 sur le bateau, de Bienne à Morat en passant par Saint-Pierre, Erlach, La Tène, Les Sauges, Sugiez ; et retour. J’irai dormir à Meienberg jusqu’à jeudi dans une roulotte. Lis les chapitres IX et XIV de L’Invention du quotidien de Michel de Certeau et reprends le Jankelevitch entamé il y a quelques mois. Je me perds ensuite sur le site de l’INA, jusqu’à 16 heures. Froid aux pieds.
Je croise les filles qui rentrent de l’école tandis que je roule en direction d’Oron. Courses à la Coop – assez pour nourrir tout le monde jusqu’à vendredi – et verveine à l’Union. J’embarque Arthur à l’arrêt de bus, il fait deux degrés au-dessus du zéro, le ciel est dégagé. Omelette, pommes de terre et salade.

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