Le Landeron

Lac de Bienne / 11 heures

Tout le monde dort lorsque je m’engage sur la route de Berne, j’ai préparé des sandwiches et empilé mes affaires dans une caisse à légumes, le jour se lève. Personne sur la route mais quelques nuages dans le ciel, le blanc grignote le bleu ai-dessus d’Ins. J’ai coupé la radio et roule avec le sentiment délicat de comprendre, sans familiarité, les contraintes et les obligations du paysage que je traverse. Je souhaiterais y parvenir chez moi, dans mon jardin, mon quartier, mon giron.

Le port de Bienne est à deux pas de la place Robert Walser, à l’angle de laquelle je trouve une place de parc. Le Peterinsel, le Rousseau, l’Île Saint-Pierre et le Chasseral sont à quai ; seul le Rousseau sur lequel je monte prendra la mer aujourd’hui, direction Morat par Saint-Pierre, Cerlier, le canal de la Thielle, la Tène, la Sauge, le canal de la Broye, Sugiez et Morat. Trois heures sur le pont, les mains au chaud dans des gants, sous le vent, un bonnet sur la tête, sous la neige, la grêle, avec un rayon de soleil au Fanel. Les oiseaux en pagaille ne doivent pas, me rappelle un ornithologue qui débarque à l’Île Saint-Pierre, nous faire oublier les effets de la correction des eaux du Jura. J’ai suivi le vol d’un martin-pêcheur sous le pont-piéton du Rotary, aperçu l’église de Môtier et la maison de maître, jaune, de Préfargier derrière les roselières, les péniches aux larges hanches à la Tène, une ampoule allumée derrière les barreaux d’une cellule de la prison de Saint-Jean, des aigrettes dans les champs, des cygnes, des nettes rousses sur la berge, le vol des colverts, le travail des castors, les cheminées des grosses boîtes qui crachent leurs fumées le dimanche aussi, l’éperon d’Erlach, l’isthme de Saint-Pierre et les innombrables chemins qu’empruntait autrefois Robert Walser pour rejoindre à Bellelay sa sœur Lisa et son amie Frieda.

Retour au chaud, à l’avant du bateau, le lac de Morat est bleu, vert celui de Neuchâtel, gris celui de Bienne. Puis en voiture de Bienne à Meienried, la patrie de Schneider, où je prends mes quartiers dans une roulotte que je ne vois pas encore mais que j’imagine.

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