Häftli

Safnern / 9 heures

La roulotte est verte, on y dort bien et les propriétaires que je croise ce matin viennent de loin, c’est-à-dire d’ici. Ils ont été amenés à diversifier leurs activités, n’ont plus de bétail mais ont gardé un peu de paille ; les enfants de Bienne et de Granges viennent y dormir à la belle saison ; le réfectoire occupe l’ancienne étable de la famille de Johann Rudolf Schneider, le concepteur de la correction des eaux du Jura ; une plaque rappelle son engagement, en contrebas, surplombant une roselière.
La commune de Meienried a subi pendant des siècles les débordements de l’Aar et de la Thielle, qui obligeaient les Seelandais à tout recommencer ; le village est à l’abri aujourd’hui, sur la rive droite du canal Nidau-Büren ; il n’a plus craindre l’ancienne Thielle et l’ancienne Aar. Il a neigé cette nuit, Macolin et le Montoz sont blancs.

Matinée au Häftli, je longe la longue boucle à double détente et à pente quasi nulle de l’ancienne Aar, entre Meienried et Büren ; la réserve accueille les canards, les oies, les aigrettes, les hérons du monde entier. Mais aussi deux chevreuils que j’aperçois un peu par hasard, les pieds dans l’eau, confondus aux roseaux.

On parle peu de l’Aar dans le Seeland, ni à Meienberg ce matin ni à Lyss ce soir, on la voit à peine ; ses débordements sont sous contrôle, tout repose désormais sur la solidité du barrage de Port et notre foi ; il semble qu’une somnolence ait fait son lit.
Je me trompe peut-être, mais la fonte des neiges, les grandes pluies qui ont fait le malheur des Seelandais sont absentes des pages de Robert Walser, l’Aar ne traverse pas ses textes, ils datent d’après la correction des eaux du Jura. Walser suppose un monde et une terre sans débordement, il y fraie un passage, frémissant et sans suite. C’est un pour cela que ses textes sont de notre temps, ou du temps qui vient.

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