Schweizer Zucker AG

Aarberg / 16 heures

L’humidité et le froid finissent toujours par entrer sous la peau et à engourdir la volonté, si bien que j’en ai tout juste assez ce matin pour quitter ma roulotte et aller déjeuner dans l’étable ; je n’y fais pas long feu, pas de soufflerie ce matin ; j’emporte une verveine chaude et me glisse sous la couette, jette sans conviction un coup d’œil au Peuple migrateur de Jacques Perrin, tout en m’informant de l’évolution démographique d’un quartier de Studen traversé hier. Ma curiosité est plus forte que ma volonté et j’y retourne, dans la zone industrielle d’abord, dans la zone d’habitations ensuite. Le zoo est fermé.

Je mange l’assiette du jour au Florida, un complexe hôtelier des années 1970, qui n’a cessé de s’étendre et qui accueille aujourd’hui, entre Bienne et Berne, des commerciaux et des congressistes, mais aussi des personnes âgées et des familles. Les bâtiments ont pris un coup de vieux, et les vingt flamants roses, pâles, enfermés derrière un treillis et sous un filet aux mailles lâches, donnent à l’ensemble un air d’abandon. Un rayon de soleil suffit pourtant à renverser l’ordre des choses, la gouille devient un lac et les canards se mettent à couiner : un employé distribue les restes des repas, c’est l’abondance.

La campagne, comme les sucriers l’appellent, a commencé le 23 septembre ; quelqu’un a eu l’honneur de bouter le feu au four à chaux, plein jusqu’à la gueule de calcaire et de coke, ils seront chauffés à 1200 degrés. Le lait de chaux obtenu, versé sur les cossettes de betteraves, soigneusement lavées, préchauffées à 70 degrés, permettra d’éliminer les différents composants dont on veut s’affranchir. Les chiffres sont vertigineux, Aarberg produit 100 tonnes de sucre cristallisé par jour, c’est-à-dire 1000 tonnes par saison, Plus de 20 000 wagons ou camions viendront décharger leurs marchandises avant Noël, la campagne assurée jour et nuit par trois équipes de 26 personnes se terminera en effet le 28 décembre.

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