Avenue François Mitterrand

Castelnaudary / 10 heures

Balade autour du Grand Bassin, soleil le long du Canal du Midi et dans la vieille ville déserte ; on joue des orgues dans la Collégiale Saint-Michel. J’entre, derniers offices, au revoir Fernande, 94 ans, une trentaine de personnes, le prêtre en complet-veston.

Sur le seuil de sa maison…
Quand les portes de la vie s’ouvriront…
Comme à ton premier jour brillera le soleil.

Café sur les Champs Elysées, au Français ; deux admiratrices d’une quarantaine d’années, les yeux rouges, commentent l’entrée dans l’église de la Madeleine des amis de Johnny, puis l’arrivée de ses proches : femmes, enfants, petits-enfants, marraine, président et présidente, une ribambelle de comédiens ; elles s’étonnent en passant de l’absence de la reine d’Angleterre. Deux bikers sirotent une bière au bar, les yeux à l’abri derrière leurs lunettes de soleil. Ils se déhanchent, boivent et reboivent, disent à qui veut les entendre que s’ils boivent, c’est à cause du chagrin et à cause que la mort de Johnny ça n’arrive qu’une seule fois dans la vie, vive la France.
Le corbillard qui transporte le cercueil blanc est de marque inconnue, aucune plaque d’immatriculation, Johnny vit dans décidément dans un autre monde, un monde intermédiaire, les limbes.

Les funérailles nationales de l’auteur du très beau Requiem pour un fou  m’ont fait prendre du retard, je n’arrive dans la banlieue de Toulouse qu’après 14 heures et peine à sortir du périphérique ; le brocanteur m’attend toutefois dans son atelier situé rue Velasquez à deux pas de l’aéroport ; il me parle de son père antiquaire, de son job depuis quelques années, restaurateur et revendeur de matériel industriel ; on charge le meuble d’imprimeur dans le Nissan, ça passe tout juste ; fracas dans le ciel, je ne m’y ferai pas, lui non plus, c’est pour cela qu’il habite en ville avec sa femme et ses enfants, loin d’Airbus.

Je sors de l’A9 entre Nîmes et Montpellier, prends la route de Sommières, Quissac, Sauve. La nuit est tombée sur Saint-Hippolyte, ni hôtel ni chambre d’hôte, une ville méconnaissable, fantôme, vingt ans que je n’y étais pas retourné. Je passerai la nuit à Alès, chambre 15, deuxième étage. En face de la gare.

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