Estavayer-le-Lac | 1928

Riau Graubon / 16 heures

Comme le plongeoir des dix à Bellerive ! Dix mètres, c’est ce qui sépare en effet  le fond de la plaine de l’Orbe et le miroir de l’Aar à Soleure.
On avait, raconte un pêcheur de Chevroux, le lac au bas du village. Le lac était au café du Port et les pêcheurs avaient leur bateau au bas du jardin. Il y avait déjà un peu de roseaux au pied des rochers.

 

Je traverse le camping et la passerelle sur la Menthue, longe celle-ci jusqu’au village des pêcheurs. Les baraques se tiennent en retrait, portes et volets fermés ; le bois ne craque plus, gonfle, rongé par l’humidité. Les couleurs passées, le ciel boueux et bas, la terre mêlée aux feuilles mortes macèrent, les pêcheurs sont morts.
Un peu plus loin, au bord du lac, un homme aux cheveux blancs met un peu de couleur dans ce décor sinistre, il tient une paire de jumelles et scrute l’horizon ; je comprends vite qu’il compte les nombreux canards qui hivernent dans le coin. Il a les yeux bleus, transparents, des bottes hautes, il est bien vivant.

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