Se taire

Je suis aux prises, si souvent et chaque jour, à mille choses futiles… Pour me divertir peut-être des choses qui le sont moins et qui exigent disponibilité, idées claires, solitude…
Il faut peut-être un immense courage pour nous taire.
Les groupes – et ses pressions – sont si puissants que les petits pas que nous faisons pour y voir un peu plus clair chaque jour, seul, dans le doute parfois, soutenu par la sollicitude de nos amis, accompagné par nos proches, nous semblent dérisoires.
Il nous faut un immense courage pour nous taire.

Jean Prod’hom

Zep

– Mais au fond, devrait-il encore continuer ?
Comment interpréter cette question ?
Faut-il, avec les sages, se faire à l’idée que toute chose – bonne ou mauvaise – a une fin ?
Ou faut-il entendre que les choses ne sont pas aussi extraordinaires qu’on le prétend ? Qu’elles sont même franchement mauvaises ?
Je dois avouer que je ne connais pas les aventures de cet homme, je n’en ai lu que quelques pages, une ou deux un jour peut-être, des aventures dont il ne me reste qu’une image, tenace, celle d’un petit homme au visage vieilli, la langue pendante et qui ne sait pas toujours ce qui se dit dans ce qu’il dit.
Mais je me trompe peut-être… et je me promets que, lorsque « Le sens de la vie » passera dans la mienne, je n’hésiterai pas à lire avec soin ce récit. Je pourrai alors en parler et on m’apprendra à cette occasion, si on ne l’a pas fait encore, ce qu’on voulait me faire entendre par cette énigmatique question.

Jean Prod’hom

1

Il faut se garder de l’homme et de l’ours polaire. Pour les avoir bien observés, je ne relève au bilan aucune différence essentielle entre le premier – face d’ange, blancs conseils, bienveillance d’apparat – et le second – tête de peluche et crocs aveugles : leurs destins se confondent.
L’homme deviendra-t-il le compagnon du dernier ours polaire qui pleure sur la banquise ? le dernier locataire du zoo de Saint-Félicien ? Ou l’ours polaire, dans le silence des glaces, sauvera-t-il l’homme de son aveuglement ?

Jean Prod’hom

Identité

Un élève, si j’ai bien compris son propos, pose la difficile question de l’identité personnelle et de la liberté, et il conclut en substance : « Si toutes nos décisions relèvent en définitive des circonstances et du regard que nous portons sur les autres, que deviennent notre identité et notre liberté ?« 
Une de ses camarades écrit à la suite un commentaire dans lequel elle semble dans un premier temps d’accord avec lui. Et puis, dans un second temps elle se distancie de sa position en affirmant.
– Seules quelques filles sortent du lot et se démarquent avec un style différent…
Il serait donc possible de se démarquer les uns des autres et de tracer son propre chemin, le chemin d’un seul.
La difficulté montre immédiatement son nez : cette recherche du chemin singulier, du chemin unique, du chemin choisi librement, du chemin original, n’est-elle pas la recherche forcenée à laquelle se livre identiquement l’homme moderne ?
Ainsi suivre l’autre, dans ce qu’il est et ce qu’il a, ne différerait essentiellement pas de la quête effrénée de l’originalité. On se trouve dès lors dans une impasse et il nous faut conclure que la liberté et l’identité ne se nichent ni dans l’exercice de la solitude ni dans celui de l’appartenance.
Demeure la confiance ! L’auteur de la note ajoute sous la forme d’un impératif :
– Il nous faut faire confiance !
Je joins ma voix à la sienne : il nous faut faire confiance, confiance en ce qui est, confiance en ceux qui nous accompagnent sans lesquels nous serions sans identité, loin de la liberté.

Jean Prod’hom