La Moille-aux-Blanc

Corcelles-le-Jorat / 12 heures

Dépose côte à côte des morceaux de textes au café du Nord à Moudon, entre 8 heures 30 et 11 heures 30, il fait froid, le chauffage toussote. Une femme que j’ai connue lorsque j’habitais Hermenches me raconte sans retenue ses déboires de santé et de coeur, sa déprime, son futur divorce. Ses difficiles conditions de vie l’obligent dès janvier à faire des ménages, elle a 64 ans, excuse son mari avec lequel elle a vécu 43 ans et qui l’a quittée de vilaine manière à Noël passé. J’essaie de me mettre à sa place, j’y parviens mais n’y demeure qu’un instant. L’admire ensuite, elle, sa force, sa gentillesse.
Adalbert Stifter, Le Sapin aux inscriptions (1844) in Le Sentier forestier, traduction Nicolas Moutin avec la collaboration de Fabienne Jourdan, Paris, Les Belles Lettres, 2014
Balade avec Oscar sous le crachin, j’en profite pour préparer sur mon iPhone la ou les pages que je me propose d’écrire demain matin avant de rejoindre Frédéric pour une balade qui nous conduira une nouvelle fois au Mormont et au canal d’Entreroches.
Entame Les Grands Bois qu’Adalbert Stifter publie en 1841, dans une traduction d’Henri Thomas.
Johanna, qui était à l’âge où l’imagination s’en donne à coeur joie parmi les voleurs et les sorciers, n’aurait pas quitté si facilement ces choses, mais Clarissa ne se laissa plus entraîner, et la conversation revint ainsi à la broderie. Johanna défendit la rose qu’on incriminait, puis continua selon la belle logique qui traite en un instant de la danse, puis de quelque deuil, puis des préparatifs de guerre, puis de petits plats et de comètes. Comme le flot du sang sort du coeur à petits bonds, la légère troupe des pensées s’envole au gré du juvénile bavardage, l’oeil candide pose sur nous son regard confiant, et notre coeur ne peut s’empêcher de l’aimer plus que toute la sagesse des sages.

Chemin des Censières

Montpreveyres / 14 heures

Réveils tardifs, cadeaux, derniers macarons, pain, miel et confiture, jeux : Noël sous le ciel bleu.

Aux Censières avec Oscar par la Moille-aux-Frênes et la Borne des trois Jorats, retour par la Moille Baudin. Surveille simultanément mon chantier, vais et viens, déplace, ouvre et ferme des portes, partitionne, regroupe, insère, saute, reviens, teste, sautille, chantonne, on appelle ça écrire, je ne suis décidément pas sorti de l’auberge. Quant à Oscar il prend trop souvent la poudre d’escampette, je lui passe la laisse autour du cou.

Adalbert Stifter, Le Sceau des Anciens (1843) in Le Sentier forestier, traduction Nicolas Moutin avec la collaboration de Fabienne Jourdan, Paris, Les Belles Lettres, 2014

Seules les montagnes demeurent dans leur ancienne beauté et magnificence. Leurs sommets brilleront même quand notre génération et d’autres auront disparu, comme ils brûlaient au temps où les Romains passèrent dans leurs vallées, puis les Germains, les Huns et beaucoup d’autres encore. Elles verseront de la joie et une douce tristesse dans le coeur de bien d’autres quand ils les contempleront, jusqu’à ce qu’ils aient disparu eux aussi, ainsi que, peut-être, cette belle et bienveillante terre qui nous semble aujourd’hui pourtant avoir des fondements si solides et être bâtie pour des éternités.

Cuisine

Corcelles-le-Jorat / 16 heures

Verveine au restaurant du Chemin de fer à Moudon, entouré de joueurs de cartes et de tiercé. Me penche sur les cimetières de Dizy et du Chaney, redistribue les événements de la première étape sur deux journées, renvoie le jésuite Nicolas Caussin et saint Augustin à un autre jour.

Wir müssen zufrieden sein, disait la mère du petit homme rencontré cet après-midi dans les bois, à la retraite depuis une dizaine d’années. Biologiste au-dessus d’Epalinges pendant plus de trente ans, cet enfant de Lucerne a inventé avec un collègue des souches de levure de boulangerie présentant une propriété d’être inactives mais de survivre sous réfrigération, qui peuvent être utilisées dans la préparation d’articles de boulangerie à cuire au four juste avant consommation, après conservation au réfrigérateur, en chambre froide ou sur un rayon réfrigéré, des souches qui  sont à l’origine de certaines pâtes Buitoni en vente dans nos supermarchés. Pour ne pas perdre la main il brasse aujourd’hui de la bière avec son fils, se promène dans les bois, voyage et pilote à la maison un Airbus, dans un simulateur, qui lui permet de survoler les régions qu’il a visitées au cours de sa vie. Il fait remonter cette passion à celle de sa mère qui, manquant de l’argent nécessaire pour quitter les alentours des Quatre-Cantons, voyageait dans l’atlas qu’elle avait pu acquérir. Il vient souvent se promener dans le coin, avec sa femme d’habitude, mais aujourd’hui elle prépare le repas de fête.

Adalbert Stifter, Le Sentier forestier (1844) in Le Sentier forestier, traduction Nicolas Moutin avec la collaboration de Fabienne Jourdan, Paris, Les Belles Lettres, 2014
D’accord avec l’enthousiasme de Friedrich Nietzsche pour la prose d’Adalbert Stifter et de Robert Walser pour celle de Gottfried Keller. Ou plutôt pour celles de leurs traducteurs puisque mon allemand défaillant m’interdit d’aller aux sources. J’ignore ce que je perds au change, et même si je perds quelque chose, et au fond ne veux pas le savoir.

Le milieu du monde

Pompaples / 16 heures

Arthur a passé la nuit chez des copains, Sandra et Louise descendent à 7 heures et demie faire des courses pour les fêtes, Lil et May dorment au salon à poings fermés, Oscar à leurs pieds. Je me rends à la Croix-Blanche de Servion, comme hier matin, et passe deux heures devant une verveine qui refroidit.

Kenan est né en Turquie, s’est établi en Suisse en 1985 ; petits travaux ici, petits travaux là ; il  trouve un job à Moudon dans une entreprise de pose de cuisines, Chauffeur  d’abord, il apprend le métier de menuisier sur le tas et complète très avantageusement pour le patron son équipe. Il se marie avec une femme de son pays qu’il rencontre sur les rives de la Broye, elle mettra au monde une fille qui suivra une formation de couturière et deux garçons : l’aîné a 26 ans, fait le securitas en suivant les cours d’un gymnase du soir ; le cadet est cuisinier.
On s’est rencontré en début d’après-midi à la déchèterie, il ferraille le week-end, armé d’une paire de gants, d’une pince, d’un tournevis et d’un aimant. Il repartira aujourd’hui avec une poêle dont il lui faudra retirer la fonte, il en tirera deux cents grammes d’aluminium, revendus pour 70 centimes le kilo, pour autant que le cours ne change pas.

Je trouve l’adresse de la veuve du héros du film que le docteur Convert a tourné en 1958 dans le décor de la Carrière jaune ; elle habite route de Ferreyres à la Sarraz. Je prends contact avec elle par téléphone ; dix minutes après elle me rappelle, heureuse d’avoir trouvé dans le désordre de son mari la page d’un illustré évoquant le tournage du film que je cherche, qui avait pour titre Le Drame de la Carrière jaune et pour sous-titre Poème filmé.
Je pars pour la Sarraz, dans un brouillard épais qui me suit jusqu’à la sortie de l’autoroute mais qui laisse la place au soleil sur l’autre rive de la Venoge ; la veuve me remet la coupure de L’Illustré et me résume de mémoire le propos du film : C’est l’histoire d’une solitude, celle d’un gars qui se cherche. Elle me dicte avant qu’on se quitte le numéro de téléphone du fils du réalisateur, qui m’informe qu’il n’a plus rien, à la cave peut-être mais dans quel état, c’était du seize millimètres, bien trop compliqué et trop cher de remettre en état. Dommage.
Je fais un détour par la carrière du Grand Chanay que je n’avais pas revue depuis une course d’école il y a une dizaine d’années. Paul Bonard écrivait à son sujet : on découvre les empreintes des bassins arrachés à la roche, comme de grands tombeaux vides, abandonnés. Les élèves s’étaient baignés plus tard dans le grand bassin de la fontaine de Croy.

Route du village

Corcelles-le-Jorat / 16 heures

Je dépose Louise et ses amies à Mézières, continue jusqu’à la Croix-Blanche de Servion où j’écris devant une verveine qui refroidit. Il est près de 11 heures lorsque je rentre, balade avec Oscar, la neige fond.

Un titre, en se livrant sans qu’on y prenne garde, en appelle souvent un second. Et même s’ils ne seront vraisemblablement ni l’un ni l’autre retenus, ils resserrent miraculeusement le travail déjà fait, endiguent le sens et sa propension à déborder ; ils réduisent simultanément l’étendue de l’obscurité qui attend, en mettant à notre disposition un levier qui la soulève un bref instant et une  éphémère lampe de poche.

Sortir d’une prison est aussi difficile pour un détenu que d’y entrer pour un homme libre. L’institution pénitentiaire ne distingue pas un criminel d’un simple pékin et c’est tant mieux.

Entrepa

Grancy / 12 heures

Longue balade dans les bois, avec Oscar et le soleil, besoin de rien.

Samuel m’envoie en fin de matinée Leo et le dragon, un texte qu’il a écrit dans le cadre de son travail de maturité. Il le soutient aujourd’hui devant quelques-uns de ses enseignants, j’espère que tout se passera bien.
C’est l’histoire d’une amitié, celle d’un adolescent et d’un jeune dragon mis au ban de sociétés qu’apparement tout oppose ; ils se rencontrent dans les bois et parviennent, après quelques péripéties à faire tomber les masques, à réconcilier à la fin la société des  hommes et celle des dragons.
Samuel fait entendre son intention en épilogue en rappelant ce qui l’a nourrie. Son autisme en effet a conduit quelques-uns de ceux que les circonstances ont placés sur son chemin à le moquer et à le rejeter.
Tu as vécu ce que Leo et le dragon ont vécu ; je voudrais te dire ici à nouveau mon admiration et te remercier de tout ce que tu nous as apporté, à tes camarades et à moi, sans que nous ayons eu toujours la présence d’esprit de te le témoigner.

Je passe deux heures à jouer à cache-cache avec les chardonnerets de Grancy, en suivant les sentiers que Daniel a ménagés pour entretenir cette jachère qui est l’une des deux plus belles que Jean-Luc Zollinger a étudiées. On se verra au mois de janvier, il aura alors remis son nouvel article consacré à la Pie-grièche, son oiseau fétiche.

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Château des Jaunins

Riau Graubon / 17 heures

Vincent Jaquet est libéré de la maison de force de Fribourg le matin du jeudi 2 juillet 1891, il rentre à pied à Vesin, bras ballants, 42 ans, 25 kilomètres, 8 ans de prison. La nuit tombe, sa soeur cadette l’informe sur le seuil de la maison familiale que sa mère l’a déshérité quelques semaines avant sa mort et qu’il n’y a pas de place pour lui chez elle.
On ne sait pas où Jaquet passe la nuit, mais on sait que le lendemain le syndic de Vesin met à sa disposition une cuisine et une chambre où il installe bientôt un atelier de menuiserie ; les commandes suivent, elles l’encouragent à demander la main d’Elise, une femme qui a comme lui connu le pénitencier. Ils construisent une maison un peu en-dehors de Vesin, vue sur la Broye, petit jardin, aidés par la Société de patronage des détenus libérés et les autorités communales, encouragés par les paysans des alentours et l’évêque.
Jaquet qui a toujours aimé les roses apprend l’art de la greffe dans un manuel ; il s’y consacrera jusqu’à la fin de sa vie, sur une terre ingrate qu’il a su rendre fertile. A la bonne saison il offre les plus belles à ses voisines, les Révérendes Sœurs de l’orphelinat de Montet, une maison de bienfaisance dont Jaquet assurera pendant plus de dix ans l’entretien. L’âge venant, il se contentera de travaux moins pénibles, offrira aux peintures qu’on lui confiera le cadre en bois qu’elles méritent tout en restant fidèle à ses roses.

Jeremias Gotthelf, Le Déluge en Emmental, 1838

J’apprends que Pierre Huwyler et Bernard Ducarroz sont les auteurs d’un Voleur aux mille roses, inspiré par le récit de Vincent Jaquet et créé en 1982. Aucune autre trace sur le net, je prends contact avec Pierre Huwyler.

Bois Vuacoz

Corcelles-le-Jorat

Lecture ce matin de la biographie que Georges Andrey a consacré à Grégoire Girard apôtre de l’école pour tous. J’en ai entendu les chapitres 8 et 9 au réfectoire de l’abbaye de Hauterive, lus comme s’il s’agissait de psaumes. Lu également un document datant de 1948 sur l’histoire du pénitencier de Bellechasse, édité à l’occasion du cinquantenaire de l’achat, en 1898, du domaine sur lequel il a été construit.

Promenade avec Sandra et Oscar, jusqu’au chemin des pervenches, retour par le refuge de la Moille-aux-Frênes. Double vitrage, neige, bruits avalés, silence étouffé, oreilles bouchées.

S’il est difficile de savoir ce qu’un homme du paléolithique éprouvait au contact de ce qui l’entourait : le vent, l’averse, le froid, les montagnes, l’autre, il l’est tout autant de le l’imaginer de n’importe qui aujourd’hui, pour autant que celui-ci ne veuille pas s’en affranchir et sorte de chez lui.

Estavayer-le-Lac

Estavayer-le-Lac / 11 heures 

La route de Granges au lac de Neuchâtel passe par Vesin où Vincent Jaquet naît en 1849. Le manuscrit de ses mémoires, récrits à la veille de sa mort par le curé de Montet, est légué en 1925 à Léon Borcard, chef de gare à Estavayer-le Lac. Son fils Bernard Borcard, devenu imprimeur et responsable du journal local – Le Républicain -, les publie en feuilleton entre 1948 et 1951. Un livre paraît, bientôt épuisé, si bien que le petit-fils du chef de gare, Léon Borcard, en propose une seconde édition en 1995.
Je fais sa connaissance ce matin dans son imprimerie tout près de la gare, il m’offre un exemplaire des Mémoires de Vincent Jaquet de Vesin, ajoutant en souriant que s’il greffe aujourd’hui ses rosiers, c’est grâce à ce mal né de la Broye fribourgeoise qui a transmis ce savoir-faire à son grand-père.

Berne, sous-sol d’Unitobler, belle conférence de Jean-Christophe Bailly dans le cadre du séminaire de Muriel Pic : ombres, mots, traces, images ; une trentaine de participants, les hommes d’un côté les femmes de l’autre. On aperçoit le ciel en levant la tête, le fond bleu de l’horloge de l’église Saint-Paul, ses heures et ses aiguilles d’or, le vert-de-gris des plaques de cuivre qui recouvrent la tête du clocher.
Et je vois sans la voir la file qui attendait tout à l’heure l’ouverture des portes de l’église, pour recevoir, stocké dans des cageots, ce qui est nécessaire pour vivre.
Bailly évoque le saint Jérôme de Vittorio Carpaccio de la Scuola San Giorgio degli Schiavoni, je me souviens de son saint Augustin, juste à côté, du bichon maltais les yeux rivés sur son maître qui suit par la fenêtre ce qui, comme un lointain appel, ne cesse de s’éloigner. Lorsque je sors de l’auditoire, l’église Saint-Paul a fermé ses portes.

On n’est pas grand chose, on picore comme les oiseaux : ici, là, un peu de tout, un peu partout.

Arrêt de bus

Corcelles-le-Jorat / 16 heures

A l’endroit où s’élève aujourd’hui Bellechasse, entouré de son grand domaine, s’étendait encore, en 1898, une vaste plaine morne, coupée de fondrières et d’étangs, éven­trée de bourbiers, de flaques d’eau croupissante et de tour­bières abandonnées. La région était peu salubre et déserte. Le silence y régnait, à peine troublé par le coassement des grenouilles et les cris de la faune aquatique.

Plaquette éditée à l’occasion de la commémoration
du cinquantenaire des Etablissements de Bellechasse, 1948

Dès 1815 à Fribourg, on distingue les grands criminels des petits malfaiteurs : on punit les premiers dans des maisons de force, on corrige les seconds dans des maisons de correction.

En relevant notre population par l’instruction, par la diminution des excès alcooliques, par la protection de l’orphelin et de l’enfant abandonné, nous arriverons incontestablement à arrêter dans une forte proportion les condamnations correctionnelles et criminelles…

Theodor Corboud, 1890

En 1898 l’Etat crée la colonie agricole de Bellechasse sur le domaine d’Alphonse de Boccard, auquel s’ajoute en 1903 celui de la Sapinière, propriété du peintre d’Henri Berthoud. Y sont internés ceux qui abusent de la boisson, se conduisent mal ou ne font rien,  pour un internement d’un an au moins et de cinq ans au plus. Cette disposition n’est pas applicable aux infractions criminelles.
Les travaux sont variés : cultures, bétail, routes. L’établissement est donc, sur le principe, ouvert ; mais le fuyard repris est condamné au port des chaînes, au cachot au pain et à l’eau, à la suppression des jours de grâce et à la suppression de la correspondance pendant 3 mois. Une chapelle est construite en 1900 ; l’église est consacrée le jeudi 20 avril 1933 par Mgr Besson, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg.

Inondation de Bellechasse | 1944

La jachère florale de Dizy, écrit J.-L. Zollinger, a été précieuse pour les linottes mélodieuses, les fauvettes grisettes, les alouettes des champs, les tariers pâtres, les bruants jaunes. Les solidages ont pris le dessus, la jachère disparaîtra en février de l’année prochaine. Que deviendront les chardonnerets et les oiseaux qui y ont établi leurs quartiers depuis douze ans ?

Annexe de l’annexe

Bellechasse / 16 heures

Il est 8 heures. Trois animateurs et deux détenus préparent la décoration de la salle : boules, guirlandes, mandarines, cacahuètes, chocolats. Les musiciens règlent leurs instruments, leur voix. Trente-neuf des quarante détenus qui exécutent de manière anticipée leur peine entrent dans l’atelier transformé en salle des fêtes. Il est 9 heures 45. Musique.

Une douzaine de détenus apparaissent puis disparaissent derrière la vitre de la salle de musique fermée pour cause de rénovation. Ils marchent par deux ; les plus rapides coupent à la corde, il font un tour en 25 secondes – 35 secondes pour ceux qui passent au large ; la promenade dure 30 minutes, faites le compte.

Aucun détenu ne s’est enfui aujourd’hui ; tous pourtant se sont évadés, comme des hommes libres.

Le Verdaux

Pampigny / 17 heures

Pas de quatrième oeuf au poulailler mais une observation : les poules préfèrent les spätzli au riz. Promenade avec Pascal, son amie et Oscar, le soleil tarde à faire sa place ; il guigne à la Moille-aux-Frênes, un instant, avant qu’il ne joue à cache-à-cache toute la journée. Raymond Depardon m’attend au retour, 10e Chambre – instants d’audience, 2003.

Lili est fatiguée, les devoirs et les tests s’enchaînent ; je ne peux m’empêcher de penser que l’école s’égare et met en danger beaucoup d’enfants dont elle a la charge.
Elle ne renonce pas au cheval, je la dépose donc à Pampigny avant de longer le Jura, de Montricher à L’Isle, poudré de blanc et creusé d’eaux noires. Je rencontre Daniel et sa femme.

Jachère
(1994, Introduction de la jachère florale (en vue de favoriser la faune en zone de plaine)

L’application d’herbicides se fait uniquement en plante par plante. Les herbicides autorisés sont les suivants : contre l’ambroisie avec Primus (0.03 %), contre chardon des c hamps avec Clio, Lontrel (0.3 %), Picobello (0.25 à 0.5 %) au stade 15 à 20 cm du chardon, contre rumex avec Ally Tabs ou Picobello (0.5 à 1 %), contre chiendent avec Focus ultra, Fusilade Max, Gallant 535 ou Targa Super (1 %). Le GLYPHOSATE (5 à 10 % à la mèche et 0.5 % à 1.5 % avec la boille à dos) permet de lutter contre le chardon, le rumex, le chiendent et le liseron. Dosages pour 10 l : 0.5 %= 0.5 dl ; 1.5 % = 1.5 dl ; 5 % = 5 dl. Contre les solidages : lutte mécanique (arrachage, etc). 

Sources | vd.ch

Solidage
Introduite d’Amérique du Nord comme plante ornementale et mellifère, cette espèce vivace se naturalise facilement. Elle peut former des populations étendues et denses inhibant la végétation indigène. Le solidage du Canada appartient à la liste des organismes exotiques envahissants interdits selon l’Ordonnance sur la dissémination dans l’environnement (ODE, RS 814.911). 

Sources | Infoflora.ch

Ourlet
Bande herbeuse constituée de plantes indigènes non ligneuses en bordure d’une zone boisée. Il forme la partie herbeuse de la lisière. Les plantes typiques des ourlets sont adaptées à un microclimat plutôt frais et un emplacement à la mi-ombre. Les ourlets sont des milieux riches en espèces et forment un habitat important pour de nombreux animaux. L’entretien des ourlet est très extensif. Afin d’éviter un boisement progressif de l’ourlet herbacé et de favoriser la diversité biologique, la pratique des fauchages différés (éventuellement sur plusieurs années) est très recommandée. 

Entretien courant :
 Coupe annuelle / bisannuelle, favoriser le fauchage différé
 Elimination des végétaux de la liste noire
 Contrôle des végétaux ligneux
 Repérage et protection des végétaux de la liste rouge
 Surveillance de la pression du public 

Interventions ponctuelles :
 Mise en place d’obstacles naturels contre le piétinement si nécessaire (troncs couchés…)
 Préservation les « barrières naturelles », telles que ronces ou orties dans la mesure du possible

Interventions non recommandées :
▫ Piétinement 

Interventions interdites :
▫ Herbicides
▫ Fumure
▫ Arrosage 

Sources | Lausanne.ch

Salle de bains

Riau Graubon / 17 heures

A peine levé, je reprends la traversée de la première des dix étapes de mon voyage. Sandra et les enfants descendent à la mine. Je décide de rester sur cette traversée jusqu’à la fin de la semaine – et plus s’il le faut –, pour en éprouver la longueur et la consistance, la teneur, le feuilleté, la cadence. Reviendrai ensuite au double prologue. 

Je lance un coup de fil à Jean-Daniel à propos de la jachère de Grancy. Qui me conseille de prendre contact avec le responsable agricole de Grancy, qui me donne le nom du propriétaire de la parcelle, qui me donne le nom de son locataire à Cuarnens. Bonne nouvelle ! celui-ci est d’accord de me rencontrer demain chez lui, avec son père qui l’a semée il y a douze ans. Mauvaise nouvelle, elle disparaîtra en février.

Raymond Depardon, Délits flagrants, 1994

Moille-Messelly

Riau Graubon / 22 heures

Journée des transports : Sandra se rend à l’EPFL, Arthur au Bugnon, Louise aux Croisetttes, Lili à la Branche puis à Forel. Je récupère dans l’après-midi Arthur à l’arrêt de bus du Riau, plus tard Sandra aux Croisettes.
Lili rentre de Forel avec la maman d’une amie, Louise de Carrouge avec Sandra.

Expérimente – oh ! le grand mot – un dispositif, simple, à même de plier les unes sur les autres, sans les confondre, les voix qui nous habitent en des moments différents de nos vies, s’éclairant les unes les autres, avec leurs ombres, et laissant la place à celle qui viendrait après elles.

Dans l’après-midi, Raymond Depardon, Profils paysans 3, La Vie moderne (2008). Ce soir à Oron, 12 jours (2017) du même Raymond Depardon, Je suis seul dans la salle.

– Votre avenir ?
– Il recule. 

– Je dois faire quelque chose.
– Il faut vous soigner avant de faire quelque chose. 

– J’ai besoin de ma fille..
– Votre fille a besoin de vous mais guérie.

Gif | 13 décembre 2017

Cher Jean,

Merci pour les nouvelles très fraîches du Jorat, les précis souvenirs ferroviaires, aussi, en terrain pentu. Comme la voiture et l’avion, le train a été victime du désenchantement du monde. Sa magie poussive a illuminé nos enfances  rustiques. On n’avait pas besoin de crémaillère, de ce côté-ci de la frontière mais les locomotives à vapeur sillonnaient la campagne de mes jeunes années, sous leur panache de fumée, noires, haletantes, vivantes. Avant même d’arriver à la gare, on les entendait respirer, en tête de convoi, comme de grandes, puissantes bêtes qui prendraient leur course au coup de sifflet et c’est le coeur battant qu’on empoignait la main courante en acier nickelé des wagons vert bouteille, compartimentés. Il ne faudrait pas que le temps passe. On peut se souvenir.

Pour te rendre plus sensible encore la conformation du lieu au sentiment de l’existence, une photo de la Beauce, à proximité de Chartres, samedi dernier. Le contraire de la carte de voeux où tu vis. Des platitudes infinies de part et d’autre de la Nationale rectiligne et les labours sous le soleil bas, gênant, de décembre. Mais dans une semaine, les jours vont commencer à croître.

Bonne fin d’année, dans tes montagnes. Amitié.

Pierre

Photo | Pierre Bergounioux

Ceux qui sont nés dans la pente | La Ficelle 5

Cher Pierre,

Jusqu’à l’autre jour, les pousses du blé d’automne gazonnaient la terre noire, les taupinières indiquaient que la vie n’avait pas cessé de faire ses galeries sous nos pieds. La neige est tombée d’un coup, tout a disparu, tout est noir, blanc et gris, mis à part les fruits de l’églantier et du sorbier, les piquets orange que Jean-Jacques a plantés le long de la route et la lame bleue avec laquelle il repousse la neige à l’aube, chaque hiver. Tu écrivais :

Nous avons tous été enfants. Nous avons eu notre part de parfaite félicité, goûté la douceur, la quiétude de l’immanence pure, participé de la création tout entière, de son infinité, de sa gloire, de sa profusion, de son éternité. Nous avons vécu sans savoir et cette ignorance miséricordieuse, avec les soins, la protection, les ménagements dont on nous entourait, font des premières années ce matin frais, cette aube d’été, cette réserve de liesse dont le souvenir est à la fois l’archétype perdu de tous les bonheurs et l’idéal inaccessible vers quoi on s’obstine à tendre.

Lorsqu’il ouvre les yeux pour la première fois, l’enfant qui ignore tout des forces qui l’assaillent ne voit que la nuit. Si bien qu’il se doit de trouver au plus vite une main courante à laquelle s’accrocher pour apprivoiser la pente qui l’emporte vers le bas, mais aussi pour être en mesure, le moment venu, de remonter au lieu même où s’est nouée l’énigme. Je suis né à mi-pente entre lac et Jorat, à Riant-Mont, sur un replat salutaire qui m’a évité, aussitôt après avoir vu le jour, de rouler à mon delta. Certaines réalités familières se sont chargées ensuite, comme dans un premier langage, des sensations qui m’affectaient alors et ont permis que je m’oriente. Ainsi la Ficelle au sud, reliant le centre-ville avec le bleu du lac, et le Tram au nord, qui nous emmenait aux lisières de l’arrière-pays vaudois.

On montait dans la Ficelle certains dimanches de beau temps pour rejoindre en famille les rives du Léman ; pour dix sous nous glissions avec nonchalance vers le paradis. Les  héritiers de Jean-Jacques Mercier en avaient soigné l’accès avec l’inauguration en 1954 de la ligne ferroviaire Sébeillon-Le Flon et l’abandon du trafic de marchandises ; mais aussi, en 1958, avec la mise en service de deux nouvelles automotrices et de quatre voitures-pilotes flambant-neuf, bleu ciel et blanc écru – j’avais trois ans. La passerelle jetée cette même année par-dessus la vallée du Flon et les trois ascenseurs qui nous soulevaient le coeur avaient réduit les peines des passagers à presque rien. Ces travaux au mitan des Trente Glorieuses avaient mis à la disposition des familles et de leur pousse-pousse une voie royale qui les conduisait en sept minutes de la grisaille des jours ouvrables au bleu radieux du lac.

Je me souviens de la démarche rassurante du pilote rejoignant l’automotrice en tête de rame, du bruit flûté des portes coulissantes, de la tendreté de leurs joints en caoutchouc entre lesquels nous aimions glisser nos doigts, de la graisse épaisse sur la crémaillère, des radiateurs brûlants en hiver, du tunnel noir et cru duquel nous sortions un peu avant Montriond, aveuglés par le soleil qui ne nous lâchait plus, de la Coulée verte des Jordils à Ouchy.

On longeait les quais en équilibre sur les murets, jusqu’au débarcadère d’où l’on jetait aux cygnes et aux canards le pain sec mis de côté ; ou jusqu’aux chimères de la Tour Haldimand, à deux pas de l’embouchure de la Vuachère où l’on jouait avec les galets et les bois flottés. On regardait les bateaux passer au large, une glace à la main, et les inconnus se promener dans les jardins du Beau-Rivage. Suffisait-il donc d’être dans le bon wagon pour être heureux, de rouler en-bas la pente, tout droit, pour faire battre le coeur de nos dimanches en devenant les hôtes de notre propre ville ?
La Ficelle m’a initié au confort et, dans sa livrée bleue et blanche, à une certaine idée de l’élégance. A une idée de solidité aussi, de stabilité, produite par l’écartement de ses rails (1,435 mètre) et par la largeur de ses hanches (3 mètres). Une idée de confiance également, que dégageaient le front généreux et les immenses yeux de son automotrice. Une dignité enfin, celle que portait haut le pantographe qui se déployait comme les bois du cerf au sommet de sa tête. La Ficelle incarnait l’image de ces bonheurs à portée de main, rassurants, partagés, sans aspérité.

S’il suffisait de sept minutes à la Ficelle pour nous déposer de plain-pied aux portes du paradis, le Tram du Jorat, habillé lui aussi de bleu et de blanc, réclamait une demi-heure pour nous conduire sur les hauts de Lausanne, en suivant les méandres du Flon qui allait rejoindre ses sources du côté des Liaises. Le Tram avait des manières qui s’opposaient en tous points à celles de la Ficelle, d’abord parce qu’on y montait le dimanche par n’importe quel temps. Et puis, à la rondeur, au chuintement, au silence ouaté de la Ficelle, à son assurance et à ses préférences pour la ligne droite répondaient le visage un peu sec du Tram, son profil décidé, obstiné même, le balancement latéral de son corps osseux, le claquement nerveux que faisaient entendre ses portes lorsqu’on les fermait, le grincement des roues sur les rails, sa tôle un peu raide qu’une toux invisible secouait dans les courbes, le faible écartement de ses rails (1 mètre), l’étroitesse de son bassin (2,150 mètres), le caillebotis à l’avant et à l’arrière des voitures, son pantographe à bras unique. Mais aussi, pour nous les enfants qui voulions y grimper, la haute marche qui nous obligeait à demander de l’aide.

Aux habitations souriantes de Montriond et à la coulée fleurie des Jordils répondaient les fermes solitaires et les champs déserts d’Epalinges, les sapins verts et les épicéas noirs du Jorat ; à la foule d’Ouchy répondaient quelques inconnus qui allaient rejoindre d’autres inconnus, une vie faite à la main, fuyante et sombre.

Le Tram nous déposait à deux pas de chez mes grands-parents maternels qui s’étaient établis là, En Marin ; une étrange pesanteur et des humeurs sèches les habitaient, le visage creusé par les jours, ils nous donnaient à voir les peines qu’entraînait la gestion d’un minuscule domaine, avec ses quelques bêtes, son verger et ses légumes, ses recoins et ses dépendances, ses escaliers et ses combles, ses secrets, ses silences.

Pendant cinq ans, entre 1958 et 1963, date à laquelle la ligne du Jorat fut démantelée, nos dimanches se sont succédé, lisses et lumineux, rudes et mystérieux, mais d’une évidence sans accroc, celle dont nos premières années habillent tout ce qui les entoure. Et si la Ficelle nous ramenait en fin d’après-midi à la maison, le Tram poursuivait sa route, déposait quelques inconnus à proximité des fermes foraines de Vers-chez-les-Blanc ou de la Claie-aux-Moines, de Corcelles-le-Jorat ou de l’Ecorcheboeuf, avant d’aller se perdre dans la nuit du côté de Savigny et de Moudon. Rien n’était donc terminé.

Se laisser glisser en coupant au plus court et remonter jusqu’au lieu d’où l’on vient sans ménager ses peines, voilà ce qui attend ceux qui sont nés dans la pente : deux routes que tout oppose, deux visages aussi différents que ceux d’un père et d’une mère, mais dont les enfants qui en sont le fruit s’obstinent à penser qu’ils pourraient se superposer un jour. Au fond du miroir.

Le soleil se lève sur Pra Massin, je vais aller me dégourdir les jambes avant que le froid ne les raidisse trop. A la lisière du bois, les épines d’or des mélèzes flambent.

Bien à toi.
Jean

Mézières

Quinze centimètres de neige cette nuit, du feu et des courses ce matin. Promenade à midi dans les bois avec Sandra et Oscar.

Ouvrir, s’effacer, aller, rêver, passer, voir de près, voir de loin, ordonner, libérer, s’attarder, cueillir, s’obstiner, espérer, oublier, ruiner, construire, s’évader, prolonger, s’égarer, résister, surseoir, s’écarter, consentir, désespérer, renverser, se désencombrer, veiller, s’en aller, écrire.

Raymond Depardon, Les Habitants, 2016
Raymond Depardon, Journal de Frannce, 2012

Jardin

Riau Graubon / 17 heures

Dépose les trente-six casses du meuble d’imprimeur ramené hier de Toulouse sur les carreaux de la véranda. Sandra descend à la mine, les filles à Mézières. À son réveil, Arthur me donne un coup de main pour transporter le corps du meuble, il déjeune, je le dépose à l’arrêt de bus.

Pas de lecture aujourd’hui, ni demain ni après-demain. Rester dans la nuit, ne pas gaspiller ses forces ; n’avoir en tête, derrière la tête, sous les yeux… que la possibilité de… De quoi en réalité ? un récit ? des notes ? un journal ? Etapes, tracés, voix, nuits ; la lune et le soleil pour les éclairer.
Louise surgit alors que je transfère des tessons, il n’est pas 10 heures comme je l’imaginais mais l’heure de manger ; je réchauffe en catastrophe le riz d’hier.

La barrière de la déchèterie est levée, j’y dépose verre et papier. La terre ne parvient plus à absorber la pluie qui tombe sur les dix centimètres de neige tombées hier ; le cumul l’asphyxie, je soulève le couvercle de l’ancienne fosse septique pour la soulager.

Centrale nucléaire de Cruas-Meysse

Cruas / 13 heures

Dimanche pluvieux dans les Cévennes et le Vivarais, rues désertes, serres éventrées, maisons abandonnées, hôtels fermés, cadenas et chiens méchants. Même chose de l’autre côté du Rhône. il suffirait pourtant d’un rayon de soleil pour que les ruines se réveillent et que quelque chose ressuscite

Nougat, pâtes de fruits, calissons et macarons à l’entrée de Montélimar. Autoroute à Romans.

Johann Rudolf Schneider, l’idéologue de la correction des eaux du Jura, charge Albert Bitzius – alias Jeremias Gotthelf – d’écrire un roman qui s’attaquerait aux guérisseurs et aux charlatans de la santé. Paraîtra en 1844 Wie Annebäbi Jowäger haushaltet und wie es ihm mit dem Doktern geht, traduit en français en 1895, sous le titre de Anne-Babi et sa manière de tenir ménage et de guérir les gens. 

Avenue François Mitterrand

Castelnaudary / 10 heures

Balade autour du Grand Bassin, soleil le long du Canal du Midi et dans la vieille ville déserte ; on joue des orgues dans la Collégiale Saint-Michel. J’entre, derniers offices, au revoir Fernande, 94 ans, une trentaine de personnes, le prêtre en complet-veston.

Sur le seuil de sa maison…
Quand les portes de la vie s’ouvriront…
Comme à ton premier jour brillera le soleil.

Café sur les Champs Elysées, au Français ; deux admiratrices d’une quarantaine d’années, les yeux rouges, commentent l’entrée dans l’église de la Madeleine des amis de Johnny, puis l’arrivée de ses proches : femmes, enfants, petits-enfants, marraine, président et présidente, une ribambelle de comédiens ; elles s’étonnent en passant de l’absence de la reine d’Angleterre. Deux bikers sirotent une bière au bar, les yeux à l’abri derrière leurs lunettes de soleil. Ils se déhanchent, boivent et reboivent, disent à qui veut les entendre que s’ils boivent, c’est à cause du chagrin et à cause que la mort de Johnny ça n’arrive qu’une seule fois dans la vie, vive la France.
Le corbillard qui transporte le cercueil blanc est de marque inconnue, aucune plaque d’immatriculation, Johnny vit dans décidément dans un autre monde, un monde intermédiaire, les limbes.

Les funérailles nationales de l’auteur du très beau Requiem pour un fou  m’ont fait prendre du retard, je n’arrive dans la banlieue de Toulouse qu’après 14 heures et peine à sortir du périphérique ; le brocanteur m’attend toutefois dans son atelier situé rue Velasquez à deux pas de l’aéroport ; il me parle de son père antiquaire, de son job depuis quelques années, restaurateur et revendeur de matériel industriel ; on charge le meuble d’imprimeur dans le Nissan, ça passe tout juste ; fracas dans le ciel, je ne m’y ferai pas, lui non plus, c’est pour cela qu’il habite en ville avec sa femme et ses enfants, loin d’Airbus.

Je sors de l’A9 entre Nîmes et Montpellier, prends la route de Sommières, Quissac, Sauve. La nuit est tombée sur Saint-Hippolyte, ni hôtel ni chambre d’hôte, une ville méconnaissable, fantôme, vingt ans que je n’y étais pas retourné. Je passerai la nuit à Alès, chambre 15, deuxième étage. En face de la gare.