Folie ce matin

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Folie ce matin, le responsable s’était absenté ; les nuages n’en ont fait qu’à leur tête. Chacun, pour autant qu’il était, s’est livré tout entier à la poursuite ou sur le dos de son voisin. Les plus agités ont trempé leurs mains dans d’invisibles bassines de lumière, en ont gardé un peu de jaune sur les doigts. D’autres, même père même mère, ont remué leur jupon sur les épaules de Brenleire et de Folliéran.
il y avait une hâte qu’on ne pouvait comprendre que par le retour imminent du patron. Tous pourtant ne se se sont pas livrés à cette bacchanale, vous auriez pu en effet apercevoir un nuage solitaire égaré dans le bois à l’avant du Gibloux. Plus à l’est une vingtaine de petits soldats, au coude à coude, alignés sur trois rangs, surveillaient le verrou de Saint-Maurice. Au milieu du ciel deux solitaires attardés semblaient absorbés dans des rêves très sérieux.
Les anciens se désintéressaient du spectacle de leurs cadets, le regard tourné vers le Jura, avec autre chose dans la tête, une méditation lente dans laquelle les hommes avaient les yeux fermés.
Les fumées des cheminées de la Broye avaient bien tenté sur terre de se mêler à la fête, avaient agité sans discontinuer un ruban ; et des ronds de fumée sont montés en spirale, personne ne leur a fait signe, ils se sont évanouis.
On n’a pas vu l’arrivée du patron qui a soufflé un bon coup dans la partie et déroulé dans le ciel, depuis le centre, un bleu couleur de ciel. Restent de cette heure qu’on oubliera vite, là-haut, les lignes d’acier tracées dans le vide par d’anciennes caravelles.

Jean Prod’hom