Octobre 2020

THÉÂTRE DES OSSES
POUR LE MOMENT ON CONTINUE A TRAVAILLER NOTRE PROCHAINE CRÉATION
Vous aviez aimé lire les « Lettres à nos aînés » dans La Liberté au printemps dernier ? Cette émouvante opération de solidarité avec une génération privée de contacts extérieurs face au coronavirus, est portée à la scène par le Théâtre des Osses. Une création signée Geneviève Pasquier avec une magnifique troupe, à découvrir du 5 au 15 novembre. Jauge du théâtre réduite de moitié, masque porté pendant le spectacle.
Détails et réservations : https://bit.ly/33fUb9J

Lac de Gruyère

PARADIS
Et rien de ce qui était de la terre ne pouvait mourir
Sans consentir
Les fleurs devenaient robes
Et celles des robes s’envolaient
On prêtait son âme comme un livre
Mais on ne l’échangeait pas…
Étienne Chevalley | Editions Eliane Vernay | 1985

Le Doubs entre Goumois et Jeannottat

Rive droite du Doubs, entre la Tête de Calvin et le Rocher de Louis Philippe
Saut du Doubs
Revers de Tissiniva depuis le col de Tsermon
Mont Aubert

Septembre 2020

Retour des Vallées vaudoises / col de La Croix
Villanova
Centre des Vaudois du Piémont
Col de la Croce / Abriès (F) – Torre Pellice (I)
Joseph / L’Échalp / Queyras
Retour à Bourdeaux
Au manoir de Valeyres-sous-Rances

Août 2020

Que des idées – n’importe quelle idée – puissent être contenues dans un livre donne une image très concrète de ce qu’on peut en espérer.
Non pas qu’elles y demeurent ou en sortent – ce serait les perdre – mais migrent dans un autre livre, comme au jeu du furet. C’est au fond bien peu.

Sur Moudon

Juillet 2020

Vidourle | Saint-Hyppolyte-du-Fort

L’eau plutôt, et l’ombre, soyeuses. 
Et le long du chemin, les magnaneries vides, les murettes en ruine, les volets fermés. Les châtaigniers malades, les oliviers à la peine, les buis aussi. Les terrasses que se partagent les ronces et les genêts. 
Mais là tout prêt l’eau encore, l’eau et l’ombre, sans couvercle.


Rive droite du Vidourle, à Saint-Laurent d’Aigouze

Camargue gardoise de la Tour carbonnière

Bouchons, réducteurs, mamelons, contre-écrou | Les Livres jaunes 19, éditions Oscar Beausoleil, 1961
Truinas

Bourdeaux | Gap des Tortelles

Yves Raeber | November

 

Cher Pierre,

Je ne crois pas encore te l’avoir dit, mais en février 2020, Ursi Aeschbacher a invité dans un café biennois toutes les personnes qui gravitent autour des éditions de la Brotsuppe Verlag qu’elle dirige depuis plus de 15 ans. L’éditrice m’a présenté à cette occasion Yves Raeber, à qui elle a proposé de traduire Novembre et qui a accepté. On s’est à peine parlé, il n’avait pas commencé, requis tout entier par les traductions de textes de Thomas Sandoz et de Jean-Pierre Rochat. 

Yves Raeber m’a écrit en avril, du milieu de Novembre, chapitre VI, effaré par la manière dont le virus a fait vaciller nos perceptions mais en bonne santé. Il avance sans perdre le nord. Voyage partiellement jouissif, écrit-il, parfois ardu, cerné de friches et de marécages. Il prévoit de finir ce chapitre avant de faire une pause, pour une première relecture axée sur des questions de signification et de température générales. Il me propose enfin que nous nous voyions dans quelques semaines, après les journées de Soleure où il parlera de sa traduction de Béton armé de Philippe Rahmy.

Yves Raeber m’a envoyé encore un mail le 25 mai depuis Ins. Il termine la traversée du chapitre 8 et se prépare à reprendre depuis le début, histoire d’avoir une idée où il va. Deux à trois semaines de travail, précise-t-il, avant qu’on se rencontre, pour discuter de quelques questions, celles qui subsistent, car souvent, écrit-il, les problèmes se résolvent tout seul en cours de travail.

On s’est retrouvés  hier au Point de rencontre de la gare de Berne. Il est venu en train de Zurich, moi de Lausanne. On a d’abord marché, parlé de choses et d’autres, de nos enfants et de nos vies. Puis on s’est installés dans un café en face du Rathaus, le Volver Bar Tapas Café. Il a aussitôt sorti son ordinateur de son sac à dos et on s’est mis au travail ; j’ai pris la mesure de son chantier, il ressemblait étrangement au mien. J’ai eu l’impression très nette que la tâche du traducteur est elle aussi sans fin, à tel point que j’ai hésité à lui dire, en en devinant l’ampleur, de renoncer à cette entreprise. Mais parce que ce livre était en passe de devenir tout autant son livre que le mien, je n’ai rien dit.

On en a parlé pendant quatre belles heures, abordant des questions pour de vrai, livrées à nos sens et à notre intelligence d’artisans ; c’était la première fois que ça m’arrivait de parler ainsi de Novembre, tandis qu’allait et venait entre nous ce qui ne se dirait pas, ce dont j’avais cru pouvoir m’approcher et dire et qu’il essayait à son tour de dire et de traduire.

On s’est quitté à 14 heures, il est reparti à la gare. J’ai hésité à aller faire une prière dans l’église St Peter & Paul pour que tout se passe bien ; j’ai préféré longer l’Aar qui filait à toute allure en direction du lac de Bienne : eaux de fonte, et lourdes pluies de la veille, terre, sables et bois flottés. Pourvu que les berges du canal de Hagneck tiennent et que le lac de Bienne ne déborde pas.

Bien à toi.
Jean

Mai 2020


Lettre à Anna dans La Liberté du jour

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Faux ébénier, qui ne s’en formalise pas, et piquets d’acacia, faux-acacia

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Broye et Préalpes / 20 heures 20

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Ligne de printemps

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Après la pluie


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Tire d’aile


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L’étang


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La Corbassière, entre Orsoud et la Moille-aux-Frênes


*

Préparation de saison


*

Caux depuis Hermenches


*

Travail en cours : autour du Réveil, de la Drôme, d’André du Bouchet et du 21 avril 2001 à Truinas


*

Avril 2020

Les pâturages que Rambert avait sous les yeux, et auxquels j’avais rêvé, avaient disparu ; et le lac qui les avait remplacés, Rambert y avait rêvé. Comme si l’un et l’autre souhaitions voir autre chose que ce que nous avions sous les yeux, ou plutôt la chose et ce qu’elle n’était plus, son apparition et sa disparition. Comme si l’image fixe était toujours un mouvement, une provenance et une destination.
Emile Javelle évoquera quelques années plus tard, venant du col des Paresseux, le bassin pierreux d’un lac à moitié desséché, une vaste et splendide arène, unie comme l’onde d’un lac dans les plus beaux jours, couverte de la plus tendre verdure et des plantes alpines les plus délicates, arrosée des plus séduisants ruisseaux. 

Tapis de chiffons 102 
Ni sage, ni dupe, un peu moineau
Une peinture et un vers sur un sachet de thé à assembler puis relier. Merci à Cécile A Holdban pour l’invitation.


28 avril : Le tapis s’agrandit, mais n’est pas encore fini. Il mesure pour l’instant environ 1m30 /1m50
Grand merci à toutes les voix de ce choeur de poètes d’ouvrir les fenêtres…
Cécile A Holdban


terre
eau
pollen



On sonne ce matin au Riau, Papa ! c’est la gendarmerie.

– Monsieur Prod’hom ? Quelqu’un a aperçu votre voiture parquée sur la route de l’’Ancien Stand, en lisière de forêt, après les Biolles. Il l’a revue ce matin, même place. Alors il nous a téléphoné, il a reconnu votre véhicule et s’est inquiété, peut-être aviez-vous fait un malaise dans les bois. On est venu vérifier.

– Réconfortez-le, tout va bien. Je suis descendu hier à la déchèterie, en fin de matinée, j’ai laissé ma voiture en bordure de route et suis rentré à pied. Comme il s’est mis à pleuvoir, j’ai décidé que je redescendrais aujourd’hui la chercher. Réconfortez-le, tout va bien.

 

 

– Tes lectures ? 
– Oui !
– Tout va bien ?
– Oui, je crois.

Pra Massin
Avec François Rossel | Juillet 1982 | Cévennes



De retour au Riau

Deux clairières, une haie, c’est assez

Plan / Élargir les seuils / 4.2.2 et 4.3

Un séjour à Hauterive

Cher Pierre,

Merci pour ton mot. il est au diapason de ce que je vis ici. Quant à la poule et à son couteau, pareil, je n’ai jamais fait mieux. Mais j’ai une tête de mule, te renvoie le lien. Il te suffira de cliquer là-dessous, là où c’est rouge.


DéCAMERA, c’est des écrivaines et des écrivains qui racontent chaque jour une histoire de leur crû, une histoire de leur choix, depuis leur chambre, pour tenir le coup tant que la pandémie durera. Un podcast low-fi de récits reliés, en souvenir du Décaméron. Un séjour à Hauterive constitue le 34e récit de cette belle aventure.

Mais. c’est aussi un supplément à NOVEMBRE ; il aurait pu prendre place au milieu du chapitre VIII. C’est le récit d’un confinement, dont le narrateur prend connaissance, sur son iPhone, en remontant le canal de Hagneck.

J’ai pensé à toi il y a quelques jours : le retour des hirondelles et, il y a quelques semaines, les jonquilles. On se sera vu sans se voir, comme la vie est curieuse. Je connais ta voix, voici la mienne.

Amitié encore, en ces temps à la fois bousculés et suspendus.
Jean

PS
Ici, c’est aussi la reverdie.

Gif-sur-Yvette | le dimanche 19 avril 2020

Cher Jean,
 

Pareil à la poule légendaire devant le couteau proverbial, je n’ai pas été fichu d’ouvrir TON envoi – on se tutoie depuis le début et on ne va pas commencer à se voussoyer. Mais j’ai pu prendre connaissance de  ton sentiment face à la crise dans ton envoi à J.-C. B. C’est, je suppose, celui de tous les hommes que nous sommes, confrontés à un événement sans exemple ni précédent et se sentant exister à proportion même de ce que leur existence est soudain et pour la première fois  menacée. Le printemps est revenu, le soleil brille depuis la mi-mars et la mort  se tient depuis lors à notre porte. L’ennemi est là, partout, invisible et non plus, comme auparavant, massé sur la frontière. De lourdes pertes humaines mais pas de destructions matérielles,  de flammes, de fumée, de fracas. A l’inverse, un monde purgé de ses bruits,  du dioxyde de carbone, les rues désertes, les trains arrêtés, plus de bagnoles, les avions cloués au sol. J’ai noté, comme tu l’as fait, l’émergence, si l’on peut dire, du silence, enrichi de chants d’oiseaux, des voix humaines qui résonnent, dans les jardins, où l’on s’active, faute de mieux, grâce au beau temps.

Nous étions pour regagner notre rustique berceau lorsque le confinement est entré en vigueur. On a tout ce qu’il faut, dans la grande banlieue, des livres, un crayon, du papier mais c’est la cervelle, aplatie par six mois de labeur roturier, qui ne suit plus. On ne sait quand ni comment la crise finira. Il faudrait un remède, un vaccin et on n’annonce rien de tel.  Si le mal se montre miséricordieux, c’est en ce qu’il semble épargner le jeune âge et montrer une évidente prédilection pour les gens du mien. Mais, comme Neruda, « j’avoue que j’ai vécu ».

La reverdie à la fenêtre du bureau et la curieuse écriture cursive dissimulée sous le carrelage mural de la station du RER, qui se déglingue.

Prudence et amitié.
Pierre

Mars 2020

Dorigny


Daniel Koch à Lima
Lorsqu’elle s’invite dans les collectifs et qu’elle les fait trembler, lorsque les institutions chargées de protéger nos vies ne répondent plus aux appels au secours, la mort – puisqu’il s’agit d’elle – plonge soudain notre corps dans un milieu gorgé de ce qu’on est sur le point de quitter, le déporte du côté des choses oubliées, celles qui résistent depuis la nuit des temps et nous invitent, dans la foulée, à résister nous aussi., une fois encore, au front, confinés, entourés, délaissés.





Paully


Moille joratoise


Gasse de l’ancien lit du Lignon

Février 2020

… mais l’un des plus beaux est Lignon, qui vagabond en son cours, aussi bien que douteux en sa source, va serpentant par cette plaine depuis les hautes montagnes de Cervières et de Chalmasel, jusqu’à Feurs, où Loire le recevant, et lui faisant perdre son nom propre, l’emporte pour tribut à l’Océan.
Journées portes ouvertes
cendres et pâquerettes 
confiance en l’avenir
Détail
Ici s’étend, parfois, jusque là-bas.
Décroissance 
Il y a en Valais, écrit Saint-Preux à Julie, des mines d’or que les habitants se sont interdits d’exploiter ; elles leur auraient amené, assure-t-il, misère et pauvreté. 
Il conviendrait de suivre aujourd’hui cet exemple : dans le domaine de l’énergie bien sûr, de la chimie et de la biologie évidemment ; mais aussi, je crois, dans le champ littéraire. Les écrivains sauront-ils laisser reposer certains de leurs indubitables trésors ?
Il y a des morts inutiles, me dit Jean Rémi, des morts dont on pourrait facilement se passer. Ainsi Marcelin ce matin, tout le monde l’avait en effet depuis longtemps oublié.

Imprudents !
(3 février 2020)

Décembre 2019

Et au printemps :
« Et, dessous, la vie reprenait et la vie continuait, avec ces toits posés non loin les uns des autres comme des petits livres sur un tapis vert, tous ces toits reliés en gris ; avec deux ou trois petits ruisseaux qui brillaient par place comme quand on lève un sabre ; avec des points ronds et des points ovales qui bougeaient un peu partout, les points ronds étaent les hommes, les points ovales étant les vaches. »

(Ramuz, Derborence)



La maison des bois de Maurice Pialat : une merveille !
Eau sur asphalte

Le père…

… et le fils


« Je crois pouvoir dire que tout ce qui existe dans le monde y coexiste comme dans un livre, comme dans un nom, mais aussi certainement comme dans bien d’autres choses. »

Printemps

« … mais entier dans la parole,
j’ai aussi été proche du dehors, un instant. »

Ici et là en un

Serrer les coudes

Brouillon
« La barre fixe, le saut périlleux, les anneaux, le travail au sol, le trampoline, les plongeons valent pour des exercices de métaphysique expérimentale, (…) où le corps part à la recherche de son âme, où l’un et l’autre jouent, comme des amoureux, à se perdre et à se reprendre, à se quitter parfois, puis à se retrouver, dans le risque et le plaisir. »

Michel Serres, Les cinq sens, Paris : Bernard Grasset, 1985, p.27.



Moille Margot
Vivre caché | Moille Cucuz
La Corbassière, en amont de la Moille-aux-Frênes
Sous Bullet

Muriel Pic | Rügen

© Bidone 2013

En 1937, l’Allemagne nazie présente, lors de l’Exposition universelle de Paris, les plans et la maquette du camp de vacances géant que l’architecte Clemenz Klotz a conçu et qui sera réalisé sur l’île de Rügen. Inauguré avant la guerre, ce camp n’accueillera pourtant jamais les citoyens méritants du IIIe Reich. Viendra s’y entraîner la police d’un bataillon d’exterminations ; les blessés de la guerre trouveront bientôt un lit dans quelque-unes des chambres doubles de cette prison balnéaire, caserne ensuite, camp d’entraînement enfin. On projette d’y aménager aujourd’hui des hôtels de luxe. 

Muriel Pic saisit en un long poème et d’anciennes cartes postales ce qui ne passe pas dans cette histoire, résiste, affleure : les poisons fades et inodores de l’horreur qui se prépare, les fruits amers du mariage de la force et de la joie, du travail et des loisirs, les ombres noires laissées par l’encamaradement forcé des hommes. Entre la cité philosophique et la cité totalitaire, il n’y a qu’un pas, un pas encore.

Il y a pourtant en deçà et au-delà, là, rappelle Muriel Pic, l’île de Rügen de Caspar David Friedrich et, aujourd’hui encore, le secret de la mer, de l’herbe, du mouton des marais et le rythme élémentaire.

Contre le travail mort 
des appareils.
Contre les vacances mortes
du tourisme à la chaîne.
Contre l’ordre mort
des normes.
Il y a une voix
un geste
une hypothèse lyrique
– et des larmes.

Rügen, Élégies documentaire, Muriel Pic, Éditions Macula, 2016

PS
Lorsqu’à la sortie de la Seconde Guerre mondiale, les rédacteurs de la Déclaration universelle des droits de l’homme rédigent l’article 24 : Toute personne a droit au repos et aux loisirs et notamment à une limitation raisonnable de la durée du travail et à des congés payés périodiques, les hommes auraient dû une fois encore se méfier.

On ne peut en effet s’empêcher de penser aujourd’hui que cette mesure permettait d’abord de mettre à la disposition de ceux qui n’ont jamais manqué de rien, des employés en bonne santé, pleins de de cette santé joyeuse et de ces forces vives dont ils pourraient tirer profit. Cinquante ans auront suffi pour que le monde entier souscrive à ce programme.

 

Novembre 2019

Retrouvé sous de la paperasse | 1975-1976


Premiers secours… ou kintsugi du pauvre


Atelier d’automne


Après la conquête


Catalogne


Ull, la table est mise


Andain


Andante



… je rêve que partout où fera halte un étranger, partout où naîtra un enfant, à la campagne, en ville ou dans la banlieue, il existe un « nous » qui l’accueille et l’emmène, là tout près, aux lisières ou au fond du ravin, dans le parc ou sur la place, au fond du parking ou derrière la remise. Y vivent de mystérieux locataires et de très anciens dieux…