Largo dei Librari

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Il fait bon à 9 heures sur la terrasse de l’Ape Bar, dans l’ombre du Largo dei Librari, un cappuccino pour les plus grands, un thé pour Lili  ; on fait quelques photos. Promenade ensuite le long du Tibre, jusqu’au pont Fabricius où j’abandonne Sandra et les enfants qui le cambent pour une partie de shopping dans le Trastevere. Je me hasarde du côté du théâtre de Marcello, prend deux tickets dans un bar de la place et monte dans le bus 63 qui traverse Rome du sud au nord.

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Il m’emmène bien au-delà de midi et du parc de la villa Borghese : par Buenos-Aires et Mongolia jusqu’à Ojetti et Rossellini ; des enfants en montent et en descendent, ciao ciao, c’est l’heure de manger. Il ne reste bientôt que le chauffeur et moi, je descends en bout de ligne, dans un poudingue de friches et de bitume, de mauvaises herbes et de coquelicots. Je ne m’attarde pas, l’endroit est d’autant plus inquiétant qu’il est sans danger et qu’il n’y a personne. Je marche une demi-heure dans un paysage soustrait de chez les vivants ; quelque chose pourtant remue, sans que je sache si ça pousse du côté des ruines, ou si celles-ci sont sur le point de se relever.
Au milieu de rien s’élèvent derrière un grillage un parc pour enfants, carrousels et auto-tamponneuses, balançoires et une gare routière avec un bar ; j’y bois un café.
Une demi-douzaine de contrôleurs montent dans le bus du retour, nous sommes cinq ; je tends mon billet à une dame qui fait son boulot sans trembler, mon voisin de devant montre le sien ; le pauvre vieux du fond du bus ne sait pas trop quoi répondre aux deux individus qui le cuisinent, une dame répond aux mêmes questions, du bout des lèvres, sans regarder ceux qui prennent des notes.
Je prends le métro à Conca D’oro, direction plein sud, avec l’intention d’en sortir pour jeter un coup d’oeil aux bâtiments que Mussolini fit construire pour l’Exposition Universelle de 1942, mais c’est finalement du côté de Saint-Paul que je reviens sur terre, pas le temps d’aller jusqu’à l’EUR, une autre fois. Le tombeau du vrai maître des chrétiens est d’une belle sobriété, la chaîne qui l’a contraint à rester à Rome est un beau et fin collier formé de neuf anneaux.
Le bus 23 qui me ramène au centre historique traverse Testaccio, passe sous la pyramide et la tombe de John Keats, longe le Tibre jusqu’à la place San Vicenzo Pallotti. Je fais une dernière halte sur la placette des Librari, il est un peu plus de 16 heures, le soleil plonge derrière les vieux palais décatis qui bordent la via Capo di Ferro, se glisse dans le lit de la Via dell’Arco del Monte qui se jette un peu plus bas dans le Tibre  ; une brise se lève avec l’ombre, le frais revient, avec dans le dos la façade blanche de l’église dédiée à Santa Barbara, sur la pierre de laquelle le soleil s’attarde. En face le siège historique du PCI et de son allié le Parti démocratique, avec un exemplaire de l’Unità du jeudi 31 mars, Antonio Gramsci avait un peu plus de trente ans en 1924. En page une, la photographie de Gianmaria Testa, il cantautore dei dimenticati.
C’est l’heure, je retrouve Sandra et les filles, on ramasse nos valises, en route pour Fiumicino. Le chauffeur du taxi nous parle des manifestations du jour, des contrats de travail et du derby de dimanche prochain entre la Lazio et la Roma. J’obtiens confirmation, l’équipe de Rome s’entraînait avant guerre sur le terrain en friche aperçu hier à Testataccio. J’écris ces mots, il est bientôt 21 heures, l’avion a deux heures de retard.

Jean Prod’hom