L’allée conduisant au cimetière de Corcelles-le-Jorat

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Il y a peu, je me suis aperçu que l’allée conduisant au cimetière de Corcelles-le-Jorat (où je serai enterré si je meurs) était précédée d’un panneau indiquant une Intersection comportant la priorité de droite. Je me suis promis d’être attentif le moment venu.

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A ce propos, on aurait tout intérêt, je crois, à nous pencher sur la question et à nous préparer en conséquence. C’est en effet une Chaussée glissante qui attend les habitants d’une commune de la Broye vaudoise, et un Double virage que devront négocier quelques-uns de ceux qui vont mourir dans un hameau du pied du Jura. Je le déclare, il y a autant de philosophies et de façons d’aborder la mort que de panneaux de signalisation routière placés à l’entrée des allées, des chemins et des routes conduisant aux cimetières de nos villages.
L’inventaire que j’ai eu l’occasion de dresser, depuis, place au premier rang, loin devant les autres, l’impitoyable Impasse, talonnée par le Sens unique  ; ils ne laissent aucun espoir. L’indication d’une Place d’évitement en donne à nouveau, c’est heureux, aux habitants d’une petite commune fribourgeoise, comme celle qui donne la Priorité aux véhicules venant en sens inverse  : le retour est donc possible pour les pendulaires de cette bourgade viticole du canton de Genève.
Les municipaux qui ont exigé du service de police qu’elle place, en bordure du chemin, un panneau rouge d’Interdiction de s’arrêter a fait perdre la tête à plus d’un citoyen d’une grande commune neuchâteloise. Quant à l’Interdiction de faire demi-tour, elle a mis au pas les têtes brûlées d’un bourg valaisan qui espéraient reprendre leurs affaires sitôt les formalités de leur enterrement réglées. Dans le même canton, les panneaux d’Interdiction de skier et d’Interdiction de luger ont rappelé aux promoteurs de l’une des mecques du sport d’hiver que la mort n’était pas une partie de plaisir.
Je n’ai pas encore relevé de panneau annonçant un Tunnel ou un Passage souterrain, mais je ne désespère pas. Ce matin, j’ai rencontré au café un ressortissant de la Singine, il m’a confié que le chemin caillouteux menant au cimetière de son bled était précédé d’un panneau représentant un Dos d’âne, qu’on appelle aussi Cassis  ; on a tout de suite fraternisé. Je n’ai pas pu m’empêcher de lui parler de mon préféré, un panneau situé à l’entrée de la route conduisant au cimetière d’un modeste village des Franches-Montagnes, il représente une Chaussée rétrécie. Après, on a parlé d’Antoine Jaccoud et de Bern ist überall.

Jean Prod’hom