Tichodrome échelette

Il m’a rejoint alors que je faisais une halte sur un banc de pierre, au milieu de la paroi des Branlires que traverse miraculeusement, sur 4 kilomètres, l’ancien bisse suspendu de Savièse. L’oiseau s’est posé à deux pas de moi, sur un muret qui protège à mi-parcours, depuis plus de 500 ans, les vivants des morts.
Oh ! ça n’a pas duré longtemps, une dizaine de secondes seulement, pendant lesquelles curieux, méfiant aussi, il m’a regardé de travers comme souvent le font les bêtes. Puis il s’est envolé, bec en avant, déployant ses ailes comme un papillon. Je l’ai aperçu un instant encore dans la paroi, mais mon désir de l’immortaliser l’a fait plonger plus haut, fuir de l’autre côté de l’éperon rocheux. J’ai essayé de me faire petit, tout petit, sifflé un joli air d’oiseau, dans l’espoir qu’il l’intriguerait autant que moi si j’avais été lui. Sans succès, je suis revenu sur mes pas sans l’avoir revu.
Ce matin, j’ai décrit l’oiseau à Matthieu, enfin ce que j’en avais vu : sa solitude d’abord, dont il avait accepté de s’éloigner un instant, pour moi, et qu’il avait préféré bientôt rejoindre ; sa légèreté aussi, qui s’accordait si bien avec l’audace et la ténacité des artisans du bisse ; sa gorge blanche et grise qui se confondait avec la transparence de l’air et les éclats du schiste ; son long bec recourbé et les taches rouges de ses plumes, qui se sont ouvertes comme un éventail lorsqu’il s’est envolé.
Les images que j’ai trouvées sur le net n’ont pas contredit Mathieu, c’était bel et bien un jeune Tichodrome échelette, un oiseau discret qu’on ne rencontre pas tous les jours. Je peux en témoigner, sa rareté ne lui est pas montée à la tête.

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