La montagne de la Lance

Cher Pierre,

La montagne de la Lance a fait le gros dos toute la nuit et le thermomètre est descendu sous le zéro lorsque le jour puis le soleil se lèvent. J’ai déposé la Nissan au garage de l’avenue du Pont des Fontaines, le pneu arrière gauche fuit.

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Le mistral fait tournoyer les dernières feuilles sur la place du Cardinal Maury ; malgré les deux hauts pins, le soleil claire la façade du Rex et du Lux ; il y a plus de monde au Central que devant les étals des marchands, bonnets rouges et bonnets bleus ; la patronne se frotte les mains, gants de laine sur le radiateur, un thé fera l’affaire, il est 10 heures, le ciel est bleu. Les trois retraitées de la table du fond ne se sont pas vues depuis Noël : Annie a passé une semaine sous le brouillard, à Annemasse chez son fils et ses petits-fils ; Rose s’inquiète de la solidité des parasols du vendeur d’olives qui battent de l’aile ; Brigitte se plaint d’une araignée qui squatte depuis quelque temps son cerveau, une sale bête qu’elle tente de noyer dans un petit blanc. Les plus courageux, jeunes et vieux, retiennent leur souffle lorsqu’ils débouchent de la Rue Louis Pasteur, je redescends sur le Ring en m’engouffrant dans la traverse de la Bascule, à l’abri, avec un gâteau des rois sous le manteau. Quitte Valréas, comme un voleur.