Jardin

Riau Graubon / 16 heures

Dans les lacunes que les systèmes immanquablement produisent, croissent des rêves d’où se lèvent entiers, malgré la difficulté de leur exécution et la répugnance que leur opposent les gardiens du temple, des mondes à leur commencement.

Puissions-nous vivre un peu plus sur la retenue et laisser le solde de notre salaire à ceux qui en ont besoin.

Notre jardin est une immense cage sans fils, barreaux ou portes où l’oiseau chante, mû par la joie extraordinaire à laquelle il s’adonne si aisément, où nous entendons la réunion de plusieurs voix qui ne serait que discordance en lieu clos, où nous pouvons, enfin observer à loisir l’économie domestique ses oiseaux et leurs comportements qui sont fort divers et savent souvent arracher un sourire à la plus profonde gravité. on ne nous a point imités dans cette préservation d’oiseaux en un jardin. Les gens ne sont point endurcis contre la beauté de l’oiseau ni contre son chant ; ces deux qualités font même l’infortune de l’oiseau. Ils veulent jouir de celles-ci, les goûter au plus près et comme ils ne sauraient édifier, comme nous, une cage aux fils et au barreaux invisibles où ils pourraient saisir l’âme spécifique de l’oiseau, ils en font une visible où l’oiseau est captif et chante sa mort prématurée.

Adalbert Stifter, L’Arrière-saison (1857)
traduction Martine Keyser, Paris, Gallimard, 2000

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