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Riau Graubon / 14 heures

Avant d’entrer dans L’Arrière-saison d’Adalbert Stifter, il convient d’obéir au vieux Risach, d’enfiler l’une ou l’autre paire de chaussures de feutre jaunâtres qui se trouve derrière la porte située à l’opposé de l’entrée principale de la Maison aux Roses, de vous laisser glisser sur le marbre lisse et de ne toucher à rien ; sachez que si vous désobéissez vous en sortirez vite.
Si vous y demeurez, le vieux Risach, votre hôte, deviendra vite un ami et ses amis vos amis. Vous découvrirez alors en leur compagnie les alentours, un monde soigné, lisse, achevé ; un monde sans défaut qui ne se discute pas. Un monde d’avant ou d’après la catastrophe, un mirage.

Maximilien de Meuron (1785-1868) est le fils d’un administrateur de domaines ; il renonce à la diplomatie à laquelle on le destine et se consacre à la peinture, séjourne en Italie ; il sera l’un des chefs de file de la peinture alpestre, peindra aussi l’île Saint-Pierre en 1825, 60 ans exactement après le passage de Jean-Jacques Rousseau et 43 ans avant le début de la Correction des eaux du Jura.
Maximilien de Meuron et un quasi contemporain d’Auguste-Frédéric de Meuron (1789-1852) mais il n’appartient pas au même rameau. Auguste-Frédéric, après avoir fait fortune en ouvrant une fabrique de tabac à priser au Brésil, fonde à ses frais, mais en accord avec l’Etat, la Maison de santé de Préfargier destinée aux malades mentaux. (Sources | DHS)

Les travaux de correction des eaux du Jura commencent en 1868, écrit Matthias Nast dans son Terre du lac, leur surveillance est confiée à la Confédération. Il s’agit d’abord de creuser un canal, le canal de Nidau-Büren, en suivant le lit de la Thièle à sa sortie du lac de Bienne, un canal long de 12 kilomètres, large de 66 mètres et profond de 8 mètres. A la force des bras et l’aide de la vapeur : des centaines d’hommes, des dragues, des grues ; des machines, des wagons et des locomotives qui viennent tout droit du chantier du canal de Suez bouclés une année avant. L’eau du lac baisse rapidement, on installe une retenue qui sera remplacée plus tard par un barrage. La baisse des eaux du lac de Bienne permet alors d’ouvrir en 1878 le plus gros chantier, le creusement du lit d’un canal long de 8 kilomètres, dans lequel les eaux de l’Aar seront défournées en amont d’Aarberg. Pendant la seconde partie des travaux, les canaux de la Broye et de la Thièle seront élargis et approfondis, le premier entre les lacs de Morat et de Neuchâtel dès 1874, le second entre ceux de Neuchâtel et de Bienne des 1875. C’est simple, c’est efficace.
Johann Rudolf Schneider a gagné la partie, la nature semble avoir été domestiquée ; nous sommes le 17 août 1878, le héros sort de sa poche le Havane qu’il s’était promis, avant le début des travaux, de fumer lorsque ceux-ci seraient terminés.
Il mourra deux plus tard, le 14 août 1880, sans prendre la mesure de toutes les conséquences de son entreprise.

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