L’Ossuaire du Mont-de Huisnes

Près de 12000 corps reposent dans le cimetière militaire allemand du Mont-de-Huisnes, tout près d’Avranches, sur une colline où se dressait autrefois un moulin face au Mont-Saint-Michel : un bâtiment circulaire, deux étages, cent huitante morts dans chacune des soixante-huit cryptes. Beaucoup de soldats, des femmes aussi, plus de soixante enfants, tous allemands.
J’ai fait la causette avec le jardinier, il habite Céaux et sa mère a vécu la guerre à Huisnes. Il travaille depuis vingt-deux ans sur le site dont il assure la conciergerie ; il tond la pelouse et taille les rosiers, accueille les visiteurs. Les familles allemandes se font plus rares, il faut dire que beaucoup des jeunes victimes de cette sale guerre n’ont pas eu d’enfants. Inutile de le regretter, les liens se distendent, les souvenirs aussi.
A l’inverse, on peut regretter que les nations imposent leur logique de guerre dans le regroupement de leurs morts. A cet égard, le jardinier de Céaux m’a raconté une belle histoire, elle concerne un soldat anonyme mort en 1944, que des inconnus avaient enveloppé après la bataille dans une vareuse allemande et qu’on a conduit, le moment venu, au Mont-de-Huisnes.
Jusqu’à ce que, il y a cinq ans, en conclusion d’analyses génétiques très poussées, les commanditaires d’une enquête longue et difficile fournissent la preuve que le corps mort emmailloté dans une vareuse allemande était habité avant de mourir par un Canadien. La famille préféra rapatrier ses restes outre-atlantique. Bêtement : de cette erreur d’attribution, il y avait assurément mieux à faire.

 

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