Estavayer-le-Lac

Estavayer-le-Lac / 11 heures 

La route de Granges au lac de Neuchâtel passe par Vesin où Vincent Jaquet naît en 1849. Le manuscrit de ses mémoires, récrits à la veille de sa mort par le curé de Montet, est légué en 1925 à Léon Borcard, chef de gare à Estavayer-le Lac. Son fils Bernard Borcard, devenu imprimeur et responsable du journal local – Le Républicain -, les publie en feuilleton entre 1948 et 1951. Un livre paraît, bientôt épuisé, si bien que le petit-fils du chef de gare, Léon Borcard, en propose une seconde édition en 1995.
Je fais sa connaissance ce matin dans son imprimerie tout près de la gare, il m’offre un exemplaire des Mémoires de Vincent Jaquet de Vesin, ajoutant en souriant que s’il greffe aujourd’hui ses rosiers, c’est grâce à ce mal né de la Broye fribourgeoise qui a transmis ce savoir-faire à son grand-père.

Berne, sous-sol d’Unitobler, belle conférence de Jean-Christophe Bailly dans le cadre du séminaire de Muriel Pic: ombres, mots, traces, images; une trentaine de participants, les hommes d’un côté les femmes de l’autre. On aperçoit le ciel en levant la tête, le fond bleu de l’horloge de l’église Saint-Paul, ses heures et ses aiguilles d’or, le vert-de-gris des plaques de cuivre qui recouvrent la tête du clocher.
Et je vois sans la voir la file qui attendait tout à l’heure l’ouverture des portes de l’église, pour recevoir, stocké dans des cageots, ce qui est nécessaire pour vivre.
Bailly évoque le saint Jérôme de Vittorio Carpaccio de la Scuola San Giorgio degli Schiavoni, je me souviens de son saint Augustin, juste à côté, du bichon maltais les yeux rivés sur son maître qui suit par la fenêtre ce qui, comme un lointain appel, ne cesse de s’éloigner. Lorsque je sors de l’auditoire, l’église Saint-Paul a fermé ses portes.

On n’est pas grand chose, on picore comme les oiseaux: ici, là, un peu de tout, un peu partout.

Arrêt de bus

Corcelles-le-Jorat / 16 heures

A l’endroit où s’élève aujourd’hui Bellechasse, entouré de son grand domaine, s’étendait encore, en 1898, une vaste plaine morne, coupée de fondrières et d’étangs, éven­trée de bourbiers, de flaques d’eau croupissante et de tour­bières abandonnées. La région était peu salubre et déserte. Le silence y régnait, à peine troublé par le coassement des grenouilles et les cris de la faune aquatique.

Plaquette éditée à l’occasion de la commémoration
du cinquantenaire des Etablissements de Bellechasse, 1948

Dès 1815 à Fribourg, on distingue les grands criminels des petits malfaiteurs: on punit les premiers dans des maisons de force, on corrige les seconds dans des maisons de correction.

En relevant notre population par l’instruction, par la diminution des excès alcooliques, par la protection de l’orphelin et de l’enfant abandonné, nous arriverons incontestablement à arrêter dans une forte proportion les condamnations correctionnelles et criminelles…

Theodor Corboud, 1890

En 1898 l’Etat crée la colonie agricole de Bellechasse sur le domaine d’Alphonse de Boccard, auquel s’ajoute en 1903 celui de la Sapinière, propriété du peintre d’Henri Berthoud. Y sont internés ceux qui abusent de la boisson, se conduisent mal ou ne font rien,  pour un internement d’un an au moins et de cinq ans au plus. Cette disposition n’est pas applicable aux infractions criminelles.
Les travaux sont variés : cultures, bétail, routes. L’établissement est donc, sur le principe, ouvert; mais le fuyard repris est condamné au port des chaînes, au cachot au pain et à l’eau, à la suppression des jours de grâce et à la suppression de la correspondance pendant 3 mois. Une chapelle est construite en 1900; l’église est consacrée le jeudi 20 avril 1933 par Mgr Besson, évêque de Lausanne, Genève et Fribourg.

Inondation de Bellechasse | 1944

La jachère florale de Dizy, écrit J.-L. Zollinger, a été précieuse pour les linottes mélodieuses, les fauvettes grisettes, les alouettes des champs, les tariers pâtres, les bruants jaunes. Les solidages ont pris le dessus, la jachère disparaîtra en février de l’année prochaine. Que deviendront les chardonnerets et les oiseaux qui y ont établi leurs quartiers depuis douze ans?

Annexe de l’annexe

Bellechasse / 16 heures

Il est 8 heures. Trois animateurs et deux détenus préparent la décoration de la salle: boules, guirlandes, mandarines, cacahuètes, chocolats. Les musiciens règlent leurs instruments, leur voix. Trente-neuf des quarante détenus qui exécutent de manière anticipée leur peine entrent dans l’atelier transformé en salle des fêtes. Il est 9 heures 45. Musique.

Une douzaine de détenus apparaissent puis disparaissent derrière la vitre de la salle de musique fermée pour cause de rénovation. Ils marchent par deux; les plus rapides coupent à la corde, il font un tour en 25 secondes – 35 secondes pour ceux qui passent au large; la promenade dure 30 minutes, faites le compte.

Aucun détenu ne s’est enfui aujourd’hui; tous pourtant se sont évadés, comme des hommes libres.