Chauru

Hermenches / 16 heures

Feu dans le poêle, les paupières collent, j’accompagne Arthur au bus, puis reprends l’Etude d’après nature (Seeland) de Walser, déchiffre la première partie du dixième chapitre du livre de Utz traitant de la figure du labyrinthe. Pendant que la tarte aux pommes cuit au four, je sors avec Oscar, le ciel est bleu en-haut de la grande boucle, on continuerait tout le jour.

Louise rentre à midi, je réserve quinze places pour vendredi au Relais du Grand-Mont. Attaque la seconde partie du dixième chapitre du livre de Utz, mais fais demi-tour lorsqu’il s’invite dans Le Terrier de Kafka et le Tiergarten de Benjamin, quelque chose me dépasse. Je décide, pour me consoler, d’aller faire quelques courses, le ciel s’est couvert.

Retour par Hermenches et Villars-Mendraz. Verveine au café de La Poste devant le journal du jour, un tas de news, gonflées artificiellement, collées bord à bord, neutralisées. On annonce à la radio une augmentation de la fréquentation des musées de 10%, et si je comprends bien le journaliste, il faudrait s’en réjouir. On a faim, je coupe du fenouil, réchauffe du riz, casse des œufs et râpe du fromage pour une omelette.

Moratel

Cully / 15 heures

Lili – qui est rentrée plus tard qu’elle l’avait annoncé – a toussé jusqu’à très tard hier soir, si bien que je ne dors qu’à moitié, plus du tout lorsque le réveil me rappelle à l’ordre. Il est 6 heures, je descends à la cuisine, prépare des sandwiches et une tarte aux poires, conduis Louise aux Croisettes, feuillète quelques livres empilés sur mon bureau que j’escomptais lire avant de me lancer dans le grand bain: ils me tombent des mains; je bois un café, ouvre aux poules, guigne dans la chambre de Lili que la sonnerie de son réveil ne formalise pas, grignote un morceau de pain et des grains de raisin.

Cris et chuchotements, Ingmar Bergman, 1972.

Fin d’après-midi au Tranquille. Atelier d’écriture proposé par Vincent Delfosse, un amateur de haïkus, qui met à notre disposition des cartons de toutes les couleurs, un Polaroïd, du scotch et une merveilleuse petite machine qui, par une seule pression, ouvre dans le carton, là où on le souhaite, une fenêtre de 3.5 x 3.5.
Anne-Hélène et Nadhir nous servent des tranches de gâteau aux pommes, au vin cuit et aux prunes à discrétion. Pour le reste, une heure et demie de stabulation libre.

 

Santa Ana de Chipaya / Google Earth

Bibliothèque / 21 heures

Sandra se lève à cinq heures, je l’aperçois une seconde, une silhouette, et me rendors. Emmène A. et Lili à 9 heures à Forel; Tornade est couché dans le pré, avec une pie à ses côtés, les filles s’en étonnent; Peluche et Charlie ne quittent pas la balle de foin. Je file à Oron remplir un chariot de marchandises qui devraient assurer notre survie jusqu’à vendredi prochain.

À la boucherie d’Oron, on est sur un nuage, la patronne débite de la viande séchée en regardant au loin, rêveuse, je m’inquiète mais elle sourit large, ce n’est pas la fatigue, les vacances ne lui manquent pas, elle n’attend pas le week-end; bien au contraire, un téléphone les a avertis ce matin à 9 heures que la fine fleur des bouchers et charcutiers suisses de la Mefa réunis à Bâle leur avait attribué des lauriers. Son mari, elle et leur équipe ont gagné en effet deux médailles d’argent pour les deux produits qu’ils ont présentés, un pavé de porc au poivre et un saucisson de bœuf, conçu à partir d’une ancienne recette de saucisson de mule  fabriqué du côté d’Arles.
Le patron se rend à Bâle demain pour y être officiellement décoré, toute son équipe l’accompagnera mardi prochain pour fêter leur succès et se réjouir de la reconnaissance de leurs pairs. Pas question de prendre une voiture ce jour-là qu’ils veulent pouvoir arroser, ils monteront dans le train à Palézieux.

Je reprends les filles à Forel, dépose A. à Mézières et fais une halte à la laiterie de Corcelles. Après-midi studieux, le dernier autour de Jankelevitch et des artes moriendi.
Lili et A. se sont faites toute belles, il y a fête à Moille-Margot, je les y conduis, puis lis au bistrot, en attendant Louise, un texte amazonien d’Alfred Métraux intitulé Le Caractère de la conquête des Jésuites. On rentre, Louise n’a pas très faim mais le sourire. Elle mange des chips et trois quartiers de pomme, je finis la soupe. En route pour une visite sur Google Earth de Santa Ana de Chipaya.