Rue Schaub

Genève / 19 heures

Je ne désire rien d’autre de la vie que la sentir se perdre, au long de ces soirées imprévues, au milieu d’enfants inconnus et bruyants qui jouent dans ces jardins, confinés dans la mélancolie des rues qui les entourent, et couverts, au-delà des hautes branches des arbres, par la voûte du vieux ciel où recommencent les étoiles.

Fernando Pessoa, Le Livre de l’intranquillité

Le Tranquille

Vevey / 16 heures

Je jette ma boîte d’allumettes, vide à présent, dans cet abîme de la rue, au-delà de l’appui de ma fenêtre dépourvue de balcon. Je me redresse sur ma chaise, et j’écoute. Nettement, comme si elle signifiait quelque chose, la boite d’allumettes vide résonne sur la chaussée, qu’ainsi elle m’annonce déserte. Aucun autre son, sauf ceux de la ville entière. Oui, les sons de la ville tout entière, si nombreux, sans se concerter, mais tous justes.

Fernando Pessoa, Le Livre de l’intranquillité