Elle avait levé la tête hors du cambouis

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Elle n’avait levé la tête hors du cambouis qu’à la fin de sa vie, pour constater, en souriant, qu’elle était un peu perdue. Elle ne savait ni nager ni voler, ni détaler comme le lièvre, ni battre des ailes comme le papillon. Elle parlait peu, se tenait aux aguets, aussi bien de ce qu’elle avait sous les yeux que ce qui passait dans le lointain. Elle allait et venait, dedans et autour de chez elle, des pas lents qui étaient comme le pas d’une danse. Lorsque je lui rendais visite à la belle saison, elle cueillait des petits fruits ; lorsque le bol était vide, je m’en allais. Elle avait, hiver comme été, tant à faire avant la nuit : regarder, écouter, ranger, faire encore ce qu’elle avait toujours fait, s’endormir, puis se réveiller.

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Jean Prod’hom

Inutile de vouloir fixer le milieu

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Inutile de vouloir fixer le milieu
dans lequel les choses apparaissent et disparaissent.
Il est, suivant leur lenteur, ces choses qui vont, viennent et s’effacent.

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Jean Prod’hom

PS
«… on pourrait parler de la photo comme d’un nouement et d’un dénouement simultanés : nouement, parce que l’image se saisit en une seule fois de plusieurs temporalités : dans un simple portrait, par exemple, où le regard, photographié depuis son retrait à l’intérieur de l’ici/maintenant incontestable de la pose, suscite toujours la divergence d’un futur. Et dénouement, parce que l’image apparaît en même temps comme l’unique résultat possible de ce concours de temporalités, et comme l’apaisement des tensions mêmes qui l’habitent. »

Jean-Christophe Bailly, L’Instant et son ombre