Cul du marais

Forel / 14 heures

Se réjouir des circonstances et de ce que celles-ci ont mis à notre disposition pour être en mesure, chaque jour, de nous en affranchir un instant et devenir ce rien qui seul nous fait être.

Je dépose Lili devant le clédar de son manège de poche avant de faire une longue halte à la station Avia de Forel où je visionne Le Crépuscule des Celtes réalisé par Stéphane Goël en 2008. Je constate avec un évident plaisir que les restes des squelettes d’animaux trouvés dans les puits à offrandes du Mormont et datant du premier siècle avant J.-C. sont acheminés chez l’archéozoologue du CNRS dans des cartons Chiquita Premium Bananas.
J’imagine avec une espèce de jubilation la variété des objets qu’a transportés chacun de ces solides cartons durant sa longue vie, en changeant régulièrement de mains, sans jamais trahir la confiance que chacun de nous a mis en eux.

A vendre un chardonneret pieds blancs avec sa cage, & une volière, une lunette à longue vue et une grande ardoise.

Une femme de Monprevayre désire avoir un enfant à nourir chez elle, le sien étant mort, son lait tout frais; s’adr. à la fille de chambre de Madame de Pottrie.

Perdu un mouchoir blanc marqué L.P. oublié Dimanche dernier au Sermon du matin à l’Eglise de St. François; le rendre au Bureau.

Trouvée une petite bague de diamant, trouvée par un pauvre homme de la ville; la voir chez Bessière & Mercier, qui l’ont retenue, & qui la rendront moyennant de justes indices.

Feuille d’avis de Lausanne | 14 avril 1789

Jardin

Riau Graubon / 15 heures

Le Milieu du monde, c’est d’abord la chronique d’une rencontre qu’aucun almanach n’aurait pu prédire, celle d’une serveuse italienne et d’un ingénieur jurassien à qui l’amour donne l’occasion d’ouvrir les portes d’un monde dont nous oublions parfois l’existence, en offrant à la première la possibilité, dans une vie qui n’a cessé de la conduire ailleurs, de disposer enfin d’un refuge, au second de quitter le sien en renouant avec les formes enfantines de l’insouciance; mais c’est aussi la chronique d’une séparation, celle de deux êtres qui tiennent pour acquis le miracle de leur rencontre, épousant dans une espèce d’aveuglement les formes convenues que prend l’amour lorsque l’espoir s’emballe, laissant en arrière le seuil sur lequel ils se sont rencontrés et qui les avait invités à renouveler leur étonnement sans jamais fermer la porte derrière eux. Ils comblent leurs voeux au-delà de tout espoir si bien que l’Italienne s’en va de son côté, le Jurassien du sien, l’un cherchant ce dont l’autre avait en trop, faisant sans l’avoir désiré faux bond au principe de l’espérance.

Si le Gîte du Passant vante dans son prospectus la ville qui l’abrite, ses musées et ses alentours, creux et gorges, châteaux et églises, il ne dit rien de la Thièle qui passe à ses pieds et qui acquiert et son existence et son nom lorsque le Talent se jette dans l’Orbe, sous le pénitencier, et qui, sitôt affublée du nom qu’elle tire du premier, est canalisée jusqu’au lac de Neuchâtel. Ce curieux destin se poursuit puisque la Thièle en sort à nouveau corsetée, dans un canal creusé à l’occasion des Corrections des eaux du Jura, qui la conduit jusqu’au lac de Bienne où elle mêle ses eaux à celles de l’Aar détournées à Aarberg par le canal de Hagneck. On appelle canal de Nidau-Büren le pack que forment jusqu’à Büren les eaux de la Thièle et de l’Aar, avant que celle-ci retrouve à Büren son nom en retrouvant après la boucle du Häftli son cours. De la Thièle on ne parle plus, elle aura été comme un fantôme, de l’eau.

A vendre un bon chien de garde, un beau bois de lit en noyer, avec son sommier, 7 tonneaux ovales de différentes grandeurs, plusieurs étagères à livres, une table ronde avec dessus d’ardoise. S’adresser rue d’Etraz 24, au 1er.

Feuille d’Avis de Lausanne
25 octobre 1882

 

Crêt Blanc

Le Coudray  / 16 heures

Se dressent autour du Mormont les fours de la cimenterie d’Eclépens, les réservoirs du moulin Bornu, les silos de la Bernoise.

Le long du canal d’Entreroches des frênes, des aulnes, des peupliers que la tempête de cette nuit a mis à mal.

Aux parois de la salle à boire de l’hôtel de la Gare de Chavornay trois photographies du tournage en 1974 du Milieu du Monde; dans la chambre 8 les volets sont fermés; au mur quatre photographies de locomotives à vapeur; à gauche en entrant trois lits côte à côte, deux tables de nuit et deux lampes de chevet à l’abat-jour en forme de champignon; en face une télévision; dans l’angle sud-ouest une table carrée recouverte d’une nappe rose, avec deux chaises au placet rouge; trois fenêtres, deux donnent à l’ouest sur le Jura, la troisième au sud sur la gare, quatre vieux platanes et un tilleul.