Dimanche 4 décembre 2011

Nos vies sont semblables aux frontispices des vieux livres, nos journées sont des peaux tendues par-dessus le jour dont on aperçoit les feux au crépuscule, bien haut, par-dessus l’ouverture qui bâille entre les épaules de l’horizon, des milliers d’étoiles et la lune à l’air libre qui font entendre le silence et ses soupirs pincés sur les cordes de la nuit.

Je ramène de la Fondation Verdan une plume d’ange – ou était-ce le samare d’un érable de bronze  ? – et des babioles : quelques cheveux de la Baigneuse de Valpinçon, les petits récits de Cristina Zilioli, les minuties de notre passage sur terre qui s’inscriront tout à l’heure dans la neige  : pont, crochet, îlot ou lac, delta, bifurcation, intersection, terminaison ou tourbillon.
Avant de remonter la vallée du Flon dont on suture les lèvres, je respire au compte-gouttes, les yeux vers le dehors, la tête hors d’elle dans le ciel avec dessous la peau tendue de la ville qui se pelotonne une bouillotte aux pieds, poussé par le flux des crêtes dans le parking désert.




Jean Prod’hom