Bois Vuacoz

Montpreveyres / 9 heures

Le jour se lève lorsqu’elle fait son apparition dans la cuisine, par la porte qui communique avec la chambre. Il est sept heures, tout indique qu’elle est debout depuis longtemps déjà, mais rien ne permet d’en savoir plus ; elle tire la porte derrière elle, pose en passant le dos de sa main droite sur le radiateur, puis se tourne du côté du poêle dans lequel elle glisse un morceau de bois.
La fenêtre est entrouverte, les rideaux tirés, on entend les moineaux dans la haie, une mésange s’accroche à la mangeoire suspendue au lilas, les arbres sont nus encore. On entend à peine la fontaine.
La bouilloire siffle, il y a du désordre sur la table qu’entourent quatre chaises au placet brodé, mais aussi une pile de journaux, de la publicité mêlée à un courrier plus sérieux. Elle est assise au bout de la table, regarde par la fenêtre, un rayon de soleil claire ses mains qui tiennent un bol de thé ; à l’autre bout une petite radio, un journaliste demande à son invité de commenter les actualités, elle écoute distraitement, le froissement des pages du journal repousse l’entretien au second plan. Elle tend le bras et interrompt l’émission.
On entend alors dans la cuisine ce qu’on entend lorsqu’on est seul, des bruits, ceux du dedans et ceux de dehors, qui inquiètent un peu, parce que c’est aussi ceux que d’autres entendraient s’ils avaient été à sa place. Aucun vivant n’en doute, la solitude rassemble.