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En Marin (J.-L. Rochaix)

Se laisser glisser sur la pente aménagée par le collectif en coupant au plus court, ou la remonter à contre-sens jusqu’au lieu d’où l’on vient sans ménager ses peines. Deux visages que mes premières années ont fait coexister sans heurts, avant que je prenne conscience de la tension et des orientations opposées que ces deux manières d’être enveloppent, et que j’aurai pour tâche de réconcilier (comme les deux lignées dont on est issu et qu’on aperçoit en vieillissant surgir au fond du miroir et bientôt se confondre) : la foi en l’existence que mon père m’a remise en héritage, et les exigences de la raison qui me viennent des hauts d’Epalinges.
Rapprocher les sourires de ceux qui ont tout ou qui se satisfont de ce qui est, avec les grimaces de ceux qui n’ont rien ou qui veulent autre chose, replier les dimanches sur les jours ouvrables, les bienfaits de l’ignorance sur ceux de la connaissance, voilà ce qu’attend ceux qui sont nés dans la pente, l’écriture est, elle aussi, un replat où l’on naît, où l’on naît une seconde fois.

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