Hermenches (Célestin Freinet VI)

Hermenches / 10 heures
– Vous ne pouvez pourtant nier que la science ait vraiment produit de grandes choses…
– Je ne nie rien, mais je ne m’ébahis pas non plus devant la magie du cinéma, de la radio, de la lumière crevant les ténèbres, de la vitesse mangeant les espaces. Je continue à trouver tout aussi merveilleux, et même plus, le mystère de la vie dans sa féconde diversité, l’explosion de la fleur qui s’ouvre, la magie de la pensée et du souvenir. Oui, j’admire le génie de l’homme, mais j’admire encore plus les miracles renouvelés dont la nature nous offre l’émouvant spectacle, et je garde, intégral, mon scepticisme sur le pouvoir virtuel de vos techniques.
Quand nous étions petits, nous aimions jouer aux nids. Nous nous appliquions à façonner l’herbe sèche, à l’entremêler de brindilles, à en adoucir la couche d’une mousse fine ou d’un tendre duvet parfois arraché à quelque vieux nid de la saison précédente. Et nous cachions notre demeure imaginaire avec une science qui semblait égaler l’instinct des oiseaux. Mais la magie s’arrêtait là : les oeufs chauds et brillants qui couvent la vie, le pépiement des oisillons, le mystère touchant des plumes recouvrant lentement la chair rose, les becs grands ouverts pour quêter la nourriture délicate, l’émotion du premier envol, nous pouvions les imaginer, mais non les imiter ni les produire. Ce qui ne nous empêchait pas de nous passionner au printemps au spectacle de la vie qui naissait au fond des nids, s’agitait, pépiait, débordait jusqu’à ce que soit accomplit le cycle.
Célestin Freinet, Oeuvres pédagogiques I,
La source doit devenir torrent, rivière et fleuve 

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