Aire de Mouxy (Célestin Freinet XIII)


Aix-les-Bains/ 17 heures 
La journée était délicieuse et sonore… des pigeons « favards » traversaient la vallée majestueusement ; les geais s’appelaient et se groupaient autour de la vieille cabane au milieu du bois ; les merles jouaient sous les broussailles ou dans les fourrés de haricots jaunissants. Un parfum vigoureux montait des coteaux de thym et de lavande.
Etendu sur le dos, la tête appuyée sur ma vieille veste, je sentais un bien-être subtil m’engourdir. On aurait dit que me pénétrait une portion d’éternité… Et je pensais qu’il serait sacrilège de se boucher les oreilles et d’écarter son esprit de cette indicible richesse…
Rosette lit
Elle ne voit rien de tout cela ; elle ne sent rien de cette merveille ! Elle se plonge dans on livre d’illusions, son livre menteur. […]
Elle croit que la vie a les couleurs excitantes et flatteuses que lui attribuent les livres et l’écran. Mais les désillusions viendront, trop tard, hélas !
– Vous avez raison pour ce qui concerne le cinéma. Mais il existe de bons livres et ce n’est pas notre faute si ce sont les mauvais qu’on lit. – Si elle n’est pas seule responsable, votre école n’est pourtant pas aussi innocente que vous voudriez le croire et le dire.
Célestin Freinet, Oeuvres pédagogiques I,
Le progrès

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