Jardin (Célestin Freinet XXXVI)

Riau Graubon / 9 heures

Rentrons en effet… Nous avons quelque honte à vous faire perdre ainsi votre temps…
– Croyez-vous que j’étais venu ici pour faucher sans souffler, comme une machine, ou comme les valets des machines ? Ce sont les citadins sans compréhension ni philosophie qui ont cette conception du travail. Ils se prennent à frapper, à scier ou à faucher sans arrêt afin d’avoir plus vite terminé, parce qu’ils ont l’habitude d’un travail aride et mort, dont il faut se débarrasser au plus tôt, comme de ces purges qu’on avale nerveusement en fermant les yeux… Un mauvais moment à passer… On se fatigue davantage, c’est vrai, mais dès qu’on a fini on rentre et on peut s’occuper autrement…
S’occuper autrement ! Se distraire, s’amuser ! Voilà bien les caractéristiques, dans notre civilisation, de cette séparation du travail et de la vie, de l’effort considéré comme une punition, comme une regrettable nécessité dont nous devons nous appliquer à réduire l’emprise.

Célestin Freinet, Oeuvres pédagogiques I,
L’Education du travail, 1949
Un puissant besoin de travail

Leave a Comment