Garage (Célestin Freinet XXXVII)

Riau Graubon / 10 heures
Si nous voulons ressouder puissamment la nature humaine, il nous faut, à cette profondeur, tâcher de réaliser une activité idéale que nous appellerons travail-jeu pour bien montrer qu’elle est les deux à la fois, répondant aux multiples exigences qui nous font d’ordinaire supporter l’un et rechercher l’autre. […]
La méconnaissance de cette filiation, la séparation aujourd’hui consommée entre jeu et travail, ont une portée humaine, dont on ne sait plus mesurer l’importance tragique. Cette méconnaissance, cette séparation sont à l’origine de la dégradation catastrophique du travail humain, et nous en subissons le spectacle et conséquences. Si le travail n’est qu’une peine, s’il ne nous est pas substantiel, si le nouveau dieu, si fallacieusement prometteur, est le jeu, il est normal qu’on en vienne à fuir le travail ou du moins, si on y est contraint, à l’accepter passivement comme un mal nécessaire, et seulement parce qu’il permet la satisfaction de certains besoins, la faveur de nouvelles jouissances.

Célestin Freinet, Oeuvres pédagogiques I,
L’Education du travail, 1949
Le travail-jeu

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